Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

jours parfaitement approprié à la scène. Duquesnoy, il est vrai, a un peu
outré ce caractère, et son mode d'interprétation, adopté par le xvme siècle,
a donné lieu, en exagérant toujours le point de départ, à ces petits Amours
bouffis et fort éloignés de l'antique, dont Boucher a donné le type le plus
complet.

La réputation que Duquesnoy s'était acquise en sculptant des enfants
ne pouvait manquer de lui attirer des envieux, et l'on disait qu'il ne savait
pas faire autre chose. Quand il fut chargé par le pape Urbain VIII de faire
une statue colossale de saint André, le Bernin s'écria que ce saint-là ne
serait jamais qu'un gros enfant joufflu. Cette statue, qui orne le baldaquin
de Saint-Pierre, fit pourtant grand honneur à son auteur, et compte parmi
les meilleurs ouvrages de la statuaire au xvne siècle.

Quand M. de Chanteloup fut envoyé en Italie par le roi Louis XIII, il
fut chargé d'en ramener le Poussin et Duquesnoy, en leur promettant à
la cour de France une position des plus brillantes. Ce fut au moment où
il allait partir que Duquesnoy succomba à une maladie dont le caractère
fit croire à un empoisonnement. François Duquesnoy avait un frère,
sculpteur comme lui, et qui plus tard fut brûlé à Gand pour ses crimes.
On prétend que ce frère s'est reconnu coupable d'un empoisonnement qui
aurait eu pour cause la jalousie autant que l'intérêt; mais tout ce qui
concerne cette histoire est demeuré jusqu'à ce jour assez obscur.

Bien qu'il ait ""abordé avec succès et dans plusieurs circonstances la
sculpture monumentale, Duquesnoy doit la meilleure partie de sa répu-
tation à ses petits modèles en cire et en ivoire.

H. M AL LE T.
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