Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

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LA SALLE DE MICHEL-ANGE, AU LOUVRE.

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12. — Portrait d’homme. — Médaillon. Diamètre, 0,160. — Tête de
profil, à droite, laurée et imberbe; figure césarienne, d’un caractère
plus oriental que latin, entourée d’inscriptions grecques et latines, d’un
caractère énigmatique et d’un assemblage bizarre. Au-dessous de la tête,
on remarque particulièrement la devise : vmilitas ; au revers du bronze,
on lit la légende : post tenebras spero lvcem feeicitatis ivdex dies

VLTIMVS. D. III. M.

Une lettre de M. Derenbourg, de l’Institut, nous fournit d’intéres-
santes explications sur les inscriptions de ce curieux médaillon. Nous
ne pouvons mieux faire que de la transcrire ici dans son entier :

« Il y a deux siècles, on trouva à Lyon une médaille portant, d’un côté, une tète
-couronnée de lauriers et entourée d’une inscription hébraïque en deux lignes, et, de
l’autre côté, un fond vide entouré d'une inscription latine. Au-dessous de la tête se
lisaient encore sur deux lignes un mot latin et un mot grec; des deux côtés delà tête et
en haut, deux lettres hébraïques adroite, et trois à gauche; il y en avait autant des
deux côtés en bas.

Après beaucoup d’essais infructueux et fantaisistes, on est parvenu aujourd’hui à
expliquer complètement ces différentes inscriptions.

A. Inscription circulaire autour de la tête. — Il y a d’abord vingt-huit mots
hébreux qui doivent être traduits ainsi : « Par le décret du Guide, qui est au-dessus
« de toute volonté, de L’Éternel, quand môme cessent les procédés qui amènent lapri-
« vation de la forme, j’ai vu que le temps, quelle que soit sa durée, est atteint par la
« fin. Mais j’ai compris aussi que la Providence de mon Dieu, l’Exalté, en a laissé
« subsister des traces. Je me réjouis et espère dans ta délivrance, Éternel, Tout-
« Puissant, Maître qui aimes à pardonner. » Le style est roide et difficile, parce que les
premières lettres des mots, marquées par des points, forment un acrostiche donnant ce
qui suit : Benjamin, fils de l’honorable Élie Bëër (Fonte), le médecin, puisse-t-il
vivre de longues et bonnes années! Suivent huit lettres hébraïques, qui sont les pre-
mières lettres du verset (Job, xix, 25) : « Je sais que mon sauveur vit, et qu’il se lèvera
le dernier sur la poussière. » Ce verset a été, dans la Synagogue et dans l’Église, rap-
porté à la résurrection. Puis viennent douze autres lettres, qui sont les premières
lettres de Job (xiv, 13) : « Ah! si tu voulais me cacher dans l’Enfer, me voiler jusqu’à
ce que ta colère soit passée, me fixer un terme où tu te souviendrais de moi. »

B. Inscription au-dessous de la tête. — vmilitas, ranenoaiç. Indication que
l’homme doit s’humilier devant Dieu.

C. Inscriptions des deux côtés de la tète. — En haut : Benjamin; en bas, en abrégé :
Fils de l’honorable Sabbataï. Sabbataï était sans doute le grand-père de Benjamin et
le père d’Élie. On connaît, au commencement du xve siècle, un médecin du nomd’Élie
ben Schabbataï en Italie. D’autre part, la Bibliothèque nationale (Cod. héb. n° 164) possède
quatre commentaires d’Averroës traduits en hébreu, qui ont été copiés à Ferrarc,
en 1448, pour le médecin Benjamin, fils d’Élie Bëër, le médecin. Enfin, le ms. héb. de
la Bibl. de Munich, n° 216, appartenait à Benjamin, fils du médecin Élie, fils de l’ho-
norable Schabbataï. A cet endroit, les trois noms sont donc réunis.

D. Inscription latine du verso. — Les quatre premiers mots sont empruntés à la
Yulgate (Job, xvii, 12) ; les quatre derniers ne sont pas, que je sache, empruntés à la
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