Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

la figure, et les pieds qui en accusent le mouvement. Peut-être n’en
est-il pas de même pour les animaux chimériques dont l’image, en se
pliant aux courbes rentrantes d’un cratère ou aux courbes saillantes d’une
aryballe, n’en devient que plus étrange et plus monstrueuse.

Il est à remarquer du reste que le plus souvent, sur les vases anti-
ques , les figures occupent une zone qui leur a été ménagée dans, la
partie qui est le plus de niveau, de manière que la déformation soit
presque insensible. Quelquefois même une bande plate a été réservée
sur le corps du vase pour offrir au décorateur une frise circulaire où il
pût peindre ses processions de bacchantes ou de cavaliers, comme il
aurait fait sur le corps cylindrique d’un lecythus.

L’imitation des tableaux doit donc être proscrite du décor des vases.
Elle n’est admissible dans la céramique que sur ces larges plaques de
porcelaine où des artistes habiles ont fixé en couleurs inaltérables des
chefs-d’œuvre destinés à périr, les fresques de Raphaël, les peintures
fameuses d’un Titien, d’un Rubens. Mais sur toutes les surfaces cylin-
driques, ovoïdes ou sphéroïdales, la reproduction des plans successifs,
des enfoncements figurés par les perspectives linéaire et aérienne, est
une décoration à rebours, un contre-sens. C’est tout au plus si l’on y
peut tolérer un portrait peint d’après un maître, lorsque ce portrait est
enchâssé dans un médaillon qui fait saillie sur la courbe du vase et pré-
sente une superficie plane, embordurée d’avance.

III.

LA PEINTURE DES VASES DOIT D’AUTANT MOINS IMITER
LA PEINTURE DES TARLEAUX
qu’a l’inverse DE CETTE PEINTURE,

ELLE VEUT DES COULEURS FRANCHES ET FIERES ET TRÈS-PEU DE

TONS ROMPUS.

Mais l’imitation des tableaux, dans la décoration des vases, a un
autre inconvénient, et des plus graves, qui est d’y introduire les tons
rompus, d’y multiplier les demi-teintes et d’affadir ainsi le spectacle par
une transposition malentendue des moyens propres à la peinture. Le
peintre, en effet, choisit sa lumière, indépendamment de celle que le
soleil lui envoie. Il crée à volonté sur la toile le clair et l’obscur. De plus,
comme il se propose de représenter les objets tels qu’ils paraissent être,
il accuse les distances, il exprime vaguement ce qui est dans le lointain,
et précise, au contraire, les premiers plans. Pour faire tourner les
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