Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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ANDRÉ DEL SARTE.

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l’Académie des Beaux-Arts, ne présente rien de monumental. C’est
comme une petite cour intérieure dont les portiques latéraux sont sup-
portés par des colonnettes et qui est aujourd’hui recouverte d’un vitrage.
Le lieu est désert, on n’y fait pas de bruit; mais le tendre génie d’André
del Sarte y habite encore. La pieuse confrérie avait pour patron saint
Jean-Baptiste, et c’est l’histoire du précurseur, depuis sa naissance jus-
qu’à sa mort, qu’André fut chargé d’illustrer. Peu après la suppression
de la compagnie du Scalzo en 1785, le cortile est devenu une dépen-
dance de l’Académie, et de sages mesures ont été prises pour conserver
ce qui subsiste des peintures du maître. Mais l’humidité de la muraille,
l’incurie des propriétaires primitifs, l’audacieuse sottise de restaurateurs
entreprenants ont mis fort mal en point ces décorations précieuses. 11 est
même des parties de la composition qui sont presque complètement effa-
cées. La gloire d’André del Sarte perdrait l’un de ses plus clairs rayons
si l’œuvre de destruction s’achevait un jour, car ce qui reste est vérita-
blement admirable.

C’est en 1514, au moment où il terminait la Nativité de la Vierge,
qu’Àndré s’engagea à peindre l'histoire de saint Jean-Baptiste et les
quatre figures symboliques qui décorent les pilastres des deux portes.
Immédiatement il commença le Baptême du Christ-, l’année suivante,
il entreprenait la Prédication de saint Jean dans le désert et la noble
figure de la Justice. 11 travaillait avec tant d’ardeur, il voulait si peu
être détourné de son œuvre nouvelle, qu’il refusa de compléter la
décoration qu’il avait si admirablement inaugurée au chios tricino de
l’Annunziata. Le 16 juin 1515, il avait promis, sans trop y songer, de
peindre Y Assomption de la Vierge. Il renonça bientôt à cette tâche qui
lui avait d’abord souri, et nous savons en effet que, par suite de son
refus, la fresque de Y Assomption fut peinte par Jacopo da Pontormo,
l’un des plus intelligents parmi ses élèves.

André del Sarte dut cependant abandonner, pour quelques jours, son
travail du Scalzo, dans une circonstance que les Florentins considéraient
comme solennelle. Le 30 novembre, Léon X faisait son entrée dans la
ville. On l’accueillit avec de grandes démonstrations de joie. Pour rece-
voir ce pape, l’orgueil de la maison des Médicis, Florence s’embellit de
toutes les somptuosités de l’art, de toutes les allégories à la mode. Sur
les places publiques et dans les rues, on ne voyait que statues gigan-
tesques, arcs de triomphe, temples glorieux. Tous les artistes furent de
la fête. Jacopo Sansovino avait improvisé, pour cacher la muraille nue
de Santa-Maria del Fiore, une grande façade de bois. André del Sarte,
qui était son ami, fut chargé d’y peindre divers sujets. Il les peignit en
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