Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

nous a guère engagé à aller visiter. La céramique ancienne et moderne y occupait une
place considérable. Celle de la Charente y formait une section très-remarquée, formée
surtout par M. le docteur Wernet, d’Angoulême, de pièces types, signées et datées.
L’art est fort peu intéressé dans ces produits essentiellemenl populaires, n’en déplaise
à l’ami Champfleury, qui n’ont été fabriqués qu’à une époque de décadence, à partir
du milieu du xvme siècle. On y imita de loin, avec un dessin tout de pratique et des
couleurs éteintes et tristes, les produits de Strasbourg, de Marseille, de Moustiers et
de Rouen. Le violet pour le dessin, le bleu sale mal réussi, le vert sombre et le jaune
pâle pour la couleur y jouent un grand rôle ainsi qu’un jaspé blanc sur fond violet.

Une monographie de plus sera sans doute le corollaire de cette exposition qui aura
mis en lumière les produits importants par le nombre de centres jusqu’ici à peu près
ignorés. L’amour-propre local y sera intéressé, les fanatiques des ferrailles, quelles
qu’elles soient, pourront y trouver un prétexte de plus à collectionner, mais nous ne
croyons pas que l’histoire générale de la céramique y trouve grand profit. On aura fini
par montrer que l’on a fabriqué de la poterie partout où il y avait de la terre conve-
nable. Le fait était à prévoir bien que l’histoire n’en parlât pas.

La section des tableaux avait quelques œuvres intéressantes à montrer.

M. le comte de Larochefoucauld avait envoyé du château de Verteuil plusieurs
portraits parmi lesquels nous avons noté : François III, comte de La Rochefoucauld,
restes d’une fort belle peinture desClouet ou de leur école; le Duc d'Alençon, en pied,
accompagné d’un chien, attribué à Pourbus, mais certainement d’un Hollandais très-
habile; Élisabeth de France, m pied, portant un médaillon qui représente Philippe IV
son triste époux, œuvre où l’on devine l’influence de Rubens; enfin le Grand Condé,
petit panneau où il est représenté armé d’une cuirasse, et appuyé à un rocher, laissant
faire les siens qui se battent dans le fond; et enfin la perle de la collection, la Duchesse
dJEslissac arrangée en Yénus par Nattier. La dame, drapée de blanc, est posée de face
sur un fond de ciel. Sa figure mutine, qu’avive un œil de poudre, sourit, tandis que son
doigtessaye la pointe d’une flèche. Nous en rapprocherons un portrait de Mlu de Mont-
pensier représentée en armure et coiffée d’un casque à panaches tricolores sur sa figure
bien en point, portrait singulier dont la facture rappelle Mignard, exposé par M. Bol—
lendeau. Une Tête de vieillard, rouge sur un fond noir, est attribuée à Holbein. Elle
nous ferait penser plutôt à Antonello de Messine s’il était permis de prononcer de si
grands noms. Mme Wœlffle qui l’a exposée possède aussi deux crayons de Lagneau
qu’elle a gratifiés, sans raison, des noms de Henri IV et de Sully. Un portrait de
Mme de Mornay, en robe blanche et ceinture rouge, chapeau noir, les deux coudes
appuyés sur une fable, peinture qui n’est point sans charme signée Drolling f. i793,
appartient à M. Émile Biais, archiviste de la ville, ainsi qu’une esquisse de Guérin,
blonde et très-habile, où il y a une Vénus et une barque. Terminons enfin, par les
Joueurs de trie trac, à M. Broquesse, maire d’Angoulême, qui font penser à Dirck
Hais, à ce que nous assure M. Havard, qui connaît bien la Hollande et ses peintres.

Certes il y avait loin de l’exposition de Lyon à celle d’Angoulême. Mais aussi les
deux centres sont d’importance bien différente. Cependant, si l’une fut surtout une
tentative, tandis que l’autre fut un éclatant succès, il faut tenir compte de leur initia-
tive aux hommes qui ont eu le courage d’essayer. Ils ont peut-être semé pour une
récolte meilleure.

ALFRED DARCEL.
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