Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

actuellement au Musée de Berlin; en 185/t, Frédéric le Grand en voyage;
en 1855, Y Hommage des Etats de Silésie au roi vainqueur; en 1856,
la fameuse Nuit d'Hochkirch, envoyée à l'Exposition universelle de 1867
à Paris. M. Paul Mantz en disait alors : « Le nouveau tableau de
M. Menzel est plus sérieux (que la Table ronde), bien que l'effet en soit
un peu monotone; la coloration ne se compose que de deux tons, un
bleu pour les uniformes, un orangé pour les visages, qu'éclaire le reflet
d'un lointain incendie; l'exécution est ferme et précise; les costumes et
les physionomies dénotent une longue étude de l'histoire. »

Ce tableau est profondément émouvant pour les Allemands, profon-
dément pathétique aussi ; la scène montrait un de ces cruels désastres
après lesquels il a fallu l'étonnante fermeté d'âme de Frédéric et la con-
fiance de ses officiers en lui pour ne pas rester écrasé de désespoir. C'est
là que Zieten fut des plus glorieux, et, vraiment brave homme, sut
ranimer l'espoir du roi, en parlant à ce sceptique des secours de Dieu.
Dieu, sans rancune et trouvant ce prince spirituel et intéressant, lui
donna la victoire sur ses catholiques adversaires.

En 1857, M. Menzel peignit Y Entrevue de Frédéric et de Joseph 11,
très grande toile, puis la Visite de Frédéric-Guillaume II une école de
village. En 1859, le peintre commença, mais il ne les a jamais terminées,
les toiles représentant la Surprise des Autrichiens à Lissa sous le titre
français de « Bonsoir, messieurs! » et Y Allocution dv roi ci ses généraux
avant la Bataille de Leuthen.

Outre ces toiles, l'artiste a exécuté plusieurs gouaches sur divers
sujets de la vie de Frédéric.

Je veux m'arrêter ici aux sujets historiques composés par M. Menzel,
réservant pour la fin tout ce qu'il a conçu et donné de la vie moderne.

En 1851, il a publié une grande lithographie représentant Jésus dans
le temple au milieu des docteurs. Dans son ensemble, l'aspect en est
vénitien, rappelant un peu, par l'ampleur des draperies et des formes,
les docteurs d'Albert Durer, de Schôngauer, issus eux-mêmes de l'in-
fluence vénitienne, et rappelant directement certaines figures de Véro-
nèse. Le sujet est conçu à la fois dans un sentiment de grande tradition
pittoresque et avec une liberté, un sans-façon violent très curieux, très
caractéristiques. Tout ce monde est un monde de juifs modernes, des
plus accentués, de ceux de petite catégorie, jeunes et vieux, y compris
la Sainte Famille elle-même qu'on retrouverait dans quelqu'une de nos
boutiques algériennes ou tunisiennes. Les vieux juifs sont stupéfaits ou
émerveillés de l'esprit du petit juif; sa mère et son père sont ravis de
ce qu'il roule tous ces vieux savants. C'est purement diabolique comme
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