Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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EUGÈNE FROMENTIN.

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comme la plus pure essence du génie de Rubens. Tout le monde sera
d'accord avec Fromentin, qui lui consacre un chapitre tout entier. Je
cite son carnet de notes :

« Saint Georges. Décidément le plus rare des Rubens. Comme main-d'œuvre, en
petit (2 mètres, au plus), le plus incisif, le mieux dessiné, le plus ardent, et le plus
capricieux comme écriture. C'est égratigné, écrasé, large, fin. On peut chercher dans
ses souvenirs : il y a d'autres arts, il n'y a pas mieux. Rareté de couleur sans égale;
une patine qui n'altère rien, enrichit tout. C'est un diamant. »

Et plus loin :

« Une chose admirable chez cet homme, c'est que, quand il veut émouvoir, pro-
bablement quand il est ému lui-même,, il émeut avec des physionomies, des yeux, des
bouches, des traits, et des points brillants dans l'œil, et une belle larme comme une
perle qui scintille au coin d'une paupière. »

Ici l'auteur des Maîtres d'autrefois, devant la majesté de cette
tombe, s'élève peu à peu au ton de l'Histoire. 11 juge Rubens d'en-
semble en quelques accents décisifs et trace, de sa personne et de son
œuvre, un tableau plein, condensé, vivant. Son jugement se résume
en un mot : Rubens est un lyrique et le plus lyrique de tous les peintres.

Que notre ami Paul Mantz, qui prépare, pour la Gazelle des Beaux-
Arts, un Rubens, écoute l'appel que Fromentin semble lui avoir destiné
lorsqu'il demande que cette vie exemplaire soit écrite par quelqu'un de
grand savoir et de grand cœur, pour l'honneur de notre art et pour la
perpétuelle édification de ceux qui le pratiquent.

Après une courte et brillante esquisse de la figure de Yan Dyck,
Fromentin aborde la Hollande.

LOUIS GONSE.

( La fin prochainement.)
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