Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

de la civilisation hellénique, les ateliers des villes du Bosphore, et même
sans doute, jusqu’à un certain point, les manufactures athéniennes, com-
mencèrent à fabriquer des objets d’une nature spéciale, où l’habileté ma-
nuelle de leurs ouvriers se prêtait complaisamment à des besoins et à des
usages étrangers, et où le goût exquis des Grecs sacrifiait quelque chose
de sa pureté aux tendances d’une race plus grossière. Les produits de
cette fabrication particulière, ces « articles d’exportation », comme nous
dirions aujourd’hui, sont donc d’une beauté moins complète, d’une per-
fection moins irréprochable que les œuvres faites au même moment pour
des acheteurs grecs; mais ils ont un aspect plus imprévu, une saveur
plus originale, et, en plus du mérite artistique qu’ils conservent long-
temps encore, ils prennent pour nous l’intérêt de véritables documents
historiques.

Parmi ces objets de caractère mixte, issus d’une sorte de transaction
entre des usages et des goûts différents, les vases peints sont fort peu
nombreux. Il fallait un œil plus délicat que celui des Scythes pour admirer
le galbe d’une hydrie, pour apprécier la finesse des peintures d’une ary-
balle ou d’un lécythos. Des vases de la plus pure argile attique, si spiri-
tuellement décorés qu’ils fussent, n’étaient après tout, pour eux, que de
simples pots de terre, une vaisselle que les vivants commençaient déjà à dé-
daigner pour les usages domestiqu es, et qui n’était pas assez luxueuse pour
être offerte aux morts. La magnificence matérielle, l’éclat de l’or et de l’ar-
gent, voilà ce qui frappait ces demi-sauvages, comme cela frappe tous les
peuples enfants. Aussi, si parfois ils achetaient des vases, et même de fort
beaux, ces achats n’étaient pas assez fréquents pour donner quelque acti-
vité à une fabrication spéciale. Je dis, donner quelque activité, car il
n'est pas douteux que cette fabrication spéciale ait existé dans quelques
ateliers, mais sans pouvoir se développer beaucoup. Le fait même de son
existence accidentelle est prouvé de la manière la plus évidente par l’ary-
balle ici reproduite. Au bas du cou, sur un bandeau circulaire, se lit, en
lettres en relief, la signature du potier : Hevofpavroç stcoGgsv ÀGr,v (aîoç),
a Xénophantos, Athénien, a fait ». L’indication de la patrie, dans une
signature de simple potier, est chose tout à fait exceptionnelle : je n’en
connais qu’un autre exemple, l’inscription : Teiaiocç Ixov/icev gra-

vée à la pointe sur trois ou quatre vases trouvés à Tanagra et très proba-
blement fabriqués dans la localité même. Faut-il conclure de cette mention
que Xénophantos était venu s’établir à Panticapée, comme Tisias à Tana-
gra, et que c’est à cause de sa qualité d’étranger qu’il fait suivre son nom
de son ethnique? ou bien doit-on penser que son atelier était à Athènes
et que, s'il a pris soin de faire connaître de quelle ville il était citoyen,
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