Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

plus vieux collaborateurs, ici et à Y Histoire des Peintres, à nous qui
l’aimions de tout cœur, que la Direction a confié l’honneur de le remplir.

Mais ce n’est pas aujourd’hui, alors que ce grand deuil nous accable,
quand l’émotion et la tristesse nous bouleversent, qu'il nous est pos-
sible de dire quelle irréparable perte l’art tout entier vient de faire en per-
dant Charles Blanc.

Plus tard, quand notre douleur sera non pas moins profonde, mais
moins troublante, nous essayerons de raconter ce qu’a été cette existence,
hélas ! trop tôt brisée, d’ailleurs si noblement remplie, et qui laisse der-
rière elle des travaux d’une inspiration si haute et tant d’œuvres admi-
rables.

PAUL LEFORT.

Les obsèques de M. Charles Blanc ont eu lieu vendredi, 20 janvier.
Au cimetière du Père-Lachaise M. Paul Mantz a lu le discours suivant de
M. Antonin Proust, ministre des arts.

Messieurs,

Le gouvernement de la République apporte sur celte tombe l’hommage de sa douleur
et de sa reconnaissance.

Il vient honorer un homme qui a été l’un des plus écoutés entre ceux qui se sont
imposé la lâche de servir les arts par la plume et par la parole.

Celui que la mort nous enlève après de si longués et de si cruelles souffrances,
n’a pas en effet seulement aimé les arts, il n’a pas eu le seul et rare mérite de les faire
comprendre, il a montré encore la grande vertu de savoir les diriger.

Son goût pour l’érudition aimable et familière, l’aménité de son caractère, l’impar-
tialité de son esprit de justice et surtout le respect qu’il professait pour la liberté de
la pensée lui avaient, dans cette difficile fonction, créé une autorité telle que l’on s’est
toujours donné pour suprême ambition de chercher à T y faire revivre.

La première fois qu’il fut appelé à la direction des Beaux-Arts, il y arrivait avec
l’éclat d’un nom populaire et déjà illustre dans les lettres. Partageant les goûts litté-
i aires et les sympathies politiques de son frère, épris comme lui des souvenirs des
grands remueurs d’idées de la fin du dernier siècle, il mit tout en œuvre pour déve-
lopper et fortifier l’enseignement des arts à tous les degrés.

11 recommanda à tous, par des actes d’administration d’une haute portée et aussi
par des discours, écrits dans cette langue châtiée et séduisante qu’il affectionnait, ces
études premières, toujours rigoureuses, souvent pénibles, mais absolument indispen-
sables pour maintenir à sa hauteur le renom du goût français.

11 ne dédaignait d’ailleurs aucune des manifestations artistiques, estimant à bon
droit que si l’éducation commune est. suffisamment forte, elle rapproche les conceptions
les plus humbles des inspirations les plus élevées. La publication delà Grammaire des
arts du dessin, qu’il devait faire bien des années après, a été à cet égard un véritable
acte de patriotisme.
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