Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

12/j

Certes, dans l’ordre de la critique courante, M. Charles Blanc a écrit bien des
pages d’une plume singulièrement alerte et souple; il laisse, pour l’histoire future
de notre école au dix-neuvième siècle, comme pour l’histoire de la peinture à
d’autres époques', bien des notices biographiques, bien des travaux partiels qui
seront toujours consultés avec fruit et que reliront avec plaisir les délicats; mais
c’est surtout par les idées générales qu’il a émises, par les enseignements doctrinaux
auquels il a consacré les plus généreux efforts de son talent, qu’il s’est acquis des
titres à la gratitude de tous. L’honneur lui appartient d’avoir composé sur la théorie
d°s beaux-arts le meilleur livre qui ait paru dans notre langue et d’avoir, avec plus
d'élévation dans la pensée et plus de charme dans le style qu’aucun de ses prédéces-
seurs, établi clairement les principes en dehors desquels il n’v a pour les artistes
qu’aventura, et, pour le public, qu’erreur ou incertitude.

Adversaire aussi éloquent que convaincu du matérialisme dans l’art, l’auteur de la
Grammaire des arts du dessin a pris à tâche et il a trouvé le secret de définir les
caractères essentiellement spiritualistes de l’art sous toutes ses formes, d’en expliquer
la fonction, d’en révéler les origines sacrées. N’est-ce pas lui quia exprimé cette noble
pensée entre bien d’autres : « L’art est religieux et moral. 11 est religieux, parce que le
beau est un reflet de Dieu même. Toute vérité enveloppée par une forme sensible et
belle nous montre et nous voile l’infini; elle couvre et découvre tout ensemble l’éter-
nelle beauté. L’art est moral parce qu’il élève l'âme et la purifie... »

De telles paroles, messieurs, honorent trop la mémoire de celui qui les a dites pour
qu’elles ne puissent être répétées avec à propos, môme à l’heure et dans le lieu où nous
sommes; elles résument d’ailleurs des doctrines qui sont celles de la compagnie au
nom de laquelle j’ai 1 honneur de parler. Aussi lorsque, il y a treize ans, l'Académie
des beaux-arts appelait M. Charles Blanc dans son sein, ne faisait-elle que s’associer,
en même temps qu’un maître dans l’art de bien dire, un auxiliaire prédestiné en quel-
que sorte pour la défense de la cause qu’elle soutient et des traditions dont elle a la
garde.

Aujourd’hui que la mort de notre éminent confrère nous réunit autour de son tom-
beau, c’est avec la même fidélité aux principes proposés par M. Charles Blanc et par
elle, que l’Académie salue la mémoire de celui qu’elle a perdu; c’est avec la même
sympathie et les mêmes espérances qu’elle se rappelle ce qu'il a dit et ce qu’il a fait;
c’est avec la même unanimité enfin que notre pensée se reporte sur les mérites attachés
aux travaux de M. Charles Blanc, sur les services qu’il a rendus pendant sa vie, et que
ses ouvrages inspirés de haut continueront de rendre après lui.

Enfin M. Laboulaye, sénateur et administrateur du Collège de France,
a pris la parole après M. Delaborde, et, avec une émotion profonde,
a rendu un dernier hommage à son regretté collègue.
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