Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Lorsque j’ai visité Tarente en 1879, l’esprit des habitants de la ville
n’était aucunement tourné vers la recherche des antiquités, même dans
un but de spéculation. Personne n’en formait de collection et n’en faisait
le commerce. Les objets que l’on exhumait fortuitement de ce sol clas-
sique s’y vendaient à vil prix, quand ils n’étaient pas détruits, et pre-
naient la route de Naples, où ils arrivaient chez les marchands sans cer-
tificat d’origine. Quelques pièces que j’acquis presque pour rien me
frappèrent comme ouvrant des séries encore inconnues ou jetant une pré-
cieuse lumière sur la véritable origine de certains monuments auxquels
on était déjà habitué. Je reconnus plusieurs points des alentours de la
ville où des fouilles devaient être faciles et fructueuses. Je m’abouchai
avec quelques individus en leur recommandant de me recueillir tout ce
qui se trouverait, en leur désignant même les endroits où ils feraient bien
d’exécuter des excavations. Elles furent faites en 1880 d’après mes in-
dications , et bientôt certaines antiquités tarentines commencèrent à
m’arriver par centaines. C’est ainsi qu’une riche série, qui, sous certains
rapports, est destinée à rester sans rivale, commença à s’en former à
notre Musée du Louvre.

Bientôt ces trouvailles s’ébruitèrent. Les gens de la Tarente moderne
comprirent qu’ils pouvaient trouver dans la recherche des objets antiques
une source de gains considérables. Les grands marchands d’antiquités de
Borne et de Naples se rendirent sur les lieux pour voir s’ils ne pourraient
pas à leur tour se procurer de beaux spécimens analogues aux monu-
ments qui avaient pris la route de Paris. Et certains d’entre eux, suivant
leur habitude, pour s’assurer la préférence sur le nouveau marché qui
s’ouvrait ainsi, payèrent à des prix fort élevés des morceaux d’une beauté
exceptionnelle. 13e tout ceci est résultée une véritable fièvre de fouilles
qui maintenant possède les Tarentins. Quiconque, parmi eux, délient un
champ dans lequel il soit possible d’espérer de découvrir des antiquités,
en retourne le sol avec acharnement pour en extraire le plus possible
d’objets bons à vendre. En particulier, l’espace où s’étendait, en dehors
des murs de la ville, la nécropole principale, aura été d’ici à quelques
années entièrement bouleversé.

Ce que les habitants de Tarente ont appris le plus vite, du reste, c’a
été la manière de tirer parti de ce qu’ils découvrent. A la fin du mois
d’octobre dernier, je suis retourné sur les lieux. Dans les quelques acqui-
sitions que j’ai faites, je n’ai plus retrouvé les prix modestes d’il y a deux
ans, ceux qu’on me demandait encore pour les premières caisses de
terres ctiites qui me sont parvenues en 1880. Les prétentions sont tout
autres aujourd’hui. Ce ne sont pas encore les prix de Paris et de Londres;
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