Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Dans la même galerie se trouve ou se trouvait le portrait de celui qui
l’avait fondée, et qui est mort il y a une vingtaine d’années. C’est un por-
trait de genre, rappelant à la fois le modèle, ses goûts et son entourage
favori. M. Ravené est vu en pied, assis dans une chaise de style ancien, à
coté d’une table recouverte d’un tapis d’Orient. 11 semble admirer profon-
dément une petite toile richement encadrée, posée sur un chevalet. C’est
peut-être le Lecteur de Meissonier, qui a fait partie de sa galerie. Quoiqu’il
en soit, l’œuvre est certainement d’importance: l’œil de l'amateur, attentif,
armé, —une expression allemande qui serait bonne à prendre, — fouille la
toile avec une satisfaction visible,pendant que ses mains s’apprêtent à essuyer
des lunettes d’or qui lui permettront d’en apprécier l’harmonie à plus
longue distance. Une tapisserie des Gobelins égaye de ses tons discrets le
fond de la toile : le costume bourgeois du personnage est très bien peint ; ses
mains, étudiées avec soin, achèvent de le caractériser. L’ensemble, chaud
et brillant, n’est troublé par aucune note indiscrète : les accessoires se
tiennent honnêtement à leur place. Cet excellent portrait a été peint à
Paris. De même provenance, la Comédie d’amalairs ■ Convoi funèbre, répé-
tition de Y Enterrement que nous avons décrit, moins le groupe du prison-
nier; enfin, un Enfant avec sa bonne, scène prise au jardin des Tuileries.

Ce dernier tableau est au musée du Luxembourg; il ne fait honneur
ni au musée ni à l’artiste. C’est, croyons-nous, l’avis de M. Knaus lui-
même, qui ne demanderait pas mieux de proposer un échange si notre ad-
ministration voulait s’y prêter; malheureusement la chose nous paraît im-
possible. Le Domaine ferait certainement la sourde oreille, si l’on
s’adressait à lui; sous aucun prétexte il ne lui est permis, disons-le en
passant, d’aliéner une parcelle quelconque de ses richesses, même pour
conclure une excellente affaire. Il ne faudrait rien moins qu’une loi pour
le contraindre à débarrasser nos collections publiques d’une quantité
d’objets inutiles qui les encombrent : ouvrages d’un art inférieur, ou
répétitions multipliées du même sujet, s’y accumulent sans honneur pour
elles et sans profit pour personne. Cette loi, on va la faire dans le but
d’aliéner les diamants de la couronne, pourquoi ne profiterait-on pas de
l’occasion pour autoriser du même coup certaines épurations désignées
cà l’avance par la conservation des musées?

Nous arrivons aux tableaux les plus célèbres de Louis Knaus, la Cin-
quantaine et le Baptême • mais le lecteur doit avoir besoin de reprendre
haleine; nous continuerons ce récit une autre fois.

ALFRED DE LOSTALOT.

(La suite prochainement.)
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