Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

chrétiens, victimes de la persécution de l’empereur. Mais M. Adrien de
Longpérier, dans une note de YAthenœum français du 2 avril 1853,
s’appuyant sur un passage du Traité de la langue latine de Varron
(V, xxi), prouve que chez les anciens on détachait quelquefois la tête
des cadavres pour accomplir des rites de purification, usage qui a pu
survivre à la crémation. 11 en conclut que ces squelettes peuvent avoir
appartenu à des païens dont les têtes avaient été, pour la cérémonie
des funérailles, remplacées par des têtes de cire. Un de ces masques a
été détruit.

Agathias, un des plus charmants poètes du règne de Justinien (527-
567), nous a laissé une petite pièce de vers conservée dans Y Anthologie
grecque} qui prouve que l’usage de modeler en cire l’effigie des défunts
se conserva pendant toute la durée du Bas-Empire : « Eustathe, tou
visage est doux et gracieux; mais c’est de la cire que je vois, et la
parole qui nous charmait ne réside plus sur tes lèvres. Après avoir ac-
compli tes quinze ans, tu n’as plus vu que vingt-quatre soleils. INi le
sceptre de ton aïeul ni' la puissance de ton père n’ont pu prévaloir contre
le sort. Chacun en accuse l’injuste rigueur à la vue de ton image et
s’écrie : « O Parque impitoyable, comment as-tu détruit tant de grâce
et de beauté ? »

Les Romains, à l’exemple des Grecs, se servaient encore de petites
figures de cire consacrées aux expériences magiques. Ainsi, dans la
dernière Epode d’IIorace, la sorcière Canidie dit au poète : « Je peux
animer des images de cire, tu le sais trop bien, maudit curieux ! » C’est
en vertu de cette superstition qu’Ovide (Élégies; III, vu), se plaignant
d’être sous l’influence fâcheuse de quelque maléfice, craint qu’une
statuette de cire rouge, faite à son image et portant son nom, n’ait
été soumise, par une sorcière, à des artifices magiques, cause de
sa faiblesse : « Est-ce un enchantement, une herbe vénéneuse, qui en-
gourdit aujourd’hui mes membres? Ou bien une sorcière aurait-elle
gravé mon nom sur de la cire rouge, et m’aurait-elle enfoncé une ai-
guille dans le foie? » Enfin Mucianus, cité par Pline, dit que les singes
ont même joué aux échecs, et que l’usage leur avait appris à distinguer
les figures de cire de l’échiquier : Fictas eera icônes.


(La auile prochainement.)

SPIRE BLONDEL.
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