Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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de la commission qui les recevait, l’œuvre devenait inexécutable après
coup : si l’exposition perdait par là une netteté évidente et une lumière
profitable à ceux qui cherchent autre chose qu’un spectacle, mais bien
un enseignement historique, le pittoresque des contrastes, en revanche,
avait certainement son prix. J’essayerai, dans cet article, de donner aux
lecteurs une simple idée de la nature de l’exposition elle-même, comme,
au retour d’un voyage, on raconte rapidement ce qu’on a vu. La lente et
minutieuse énumération des vingt mille objets, qui constitue notre rap-
port officiel au gouvernement, serait fastidieuse comme la lecture d’un cata-
logue. Nous 11e faisons point de la haute curiosité, mais nous essayons,
comme il convient, d’étudier l’exposition au point de vue de l’esthétique.

Personne 11e sera surpris d’apprendre que l’exposition, encore que le
programme officiel la représentât comme consacrée spécialement à l’art
espagnol et portugais, nous a donné l'occasion d’admirer quelques beaux
spécimens d’art italien* français, allemand, et de diverses provenances
étrangères à la péninsule; sans parler d’une collection considérable de
pièces céramiques de l’extrême Orient et de la plupart des fabriques eu-
ropéennes. Il était difficile, en effet, de résister au désir de montrer au
public quelques pièces exceptionnelles que possèdent les amateurs de
Lisbonne; ce 11’est cependant pas sans surprise que les lecteurs auront
rencontré dans notre premier article sur l’art portugais les deux admi-
rables bas-reliefs grecs exposés par le duc de Loulé.

Ils étaient là, dressés contre la muraille, dans une salle pleine des
trésors d’art du moyen âge et de la Renaissance, au milieu des émaux
brillants, des reliquaires d’or et des triptyques de vermeil, superbes dans
leur nudité marmoréenne, parlant un tel langage à l’imagination, qu’on
oubliait pour eux tout ce qui les entourait. On sait à peine d’où ils
viennent : le marquis de Marialva les acheta, au commencement du siècle,
à Rome même, où il était ambassadeur de Portugal : on dit qu’ils
avaient été apportés de Pompéi ; mais comment croire, en face de ces
coursiers classiques dont 011 croirait entendre les hennissements sonores
et qui rappellent si bien la tête de cheval du British Muséum, qu’un
des conquérants, un Mummius, un Scylla, ne les ait enlevés aux vaincus
des rives de la Grèce ?

L’art italien de la Renaissance était aussi représenté très brillamment
dans les collections du roi dom Luis et du roi dom Fernando, et, comme
on trouve des amis sur une rive étrangère, nous avons admiré là des
œuvres commandées en Italie par les souverains portugais, et d’autres
achetées au hasard des voyages par les nobles collectionneurs. Cette
question des relations du Portugal avec l’Italie et les Flandres, sur les-
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