Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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AUTISTES CONTEMPORAINS

JULES BAS TIEN- LE P AGE

Toutes les fois que j’entends
annoncer la mort d’un peintre, je
ne puis me défendre, en mon esprit,
d’une vision triste et de la plus
aiguë sensation qui puisse être de
l’anéantissement humain. Au cen-
tre d’un atelier tapissé des maî-
tresses toiles de celui qu’on pleure,
dans le rayonnement splendide de
sa personnalité, je crois voir son
cadavre, pâle et déjà roidi, les
bras croisés sur la poitrine, la tête
moulée dans l’oreiller, les pau-
pières abaissées lourdement sur
son dernier regard. Des amis, des
parents, des artistes, entrent et s’inclinent, dévots à sa mémoire,
saisis de l’admiration de ses œuvres. La beauté de ces peintures ne
s’était jamais si bien imposée; elle brille maintenant, d’un éclat
définitif et' comme triomphal. Lui, cependant, étendu sur son lit
funèbre, ne prête point l’oreille aux éloges. Sa bouche inerte ne sait
plus rien des paroles ni des sourires, et ses yeux, ses yeux glacés, sont
vides de regards.

XXXI. — 2e PÉRIODE..

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