Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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REVUE MUSICALE

a réouverture du Théâtre-Italien, il y a deux ans,
fut considérée comme un événement d’impor-
tance. Certains journaux ne tarissaient pas en
éloges sur les merveilles que nous réservaient
MM. Maurel et Corti, les « éminents » directeurs
de la scène régénérée — intelligents ne suffit plus,
tous les directeurs étant intelligents aujourd’hui.
— Enfin on allait entendre de la musique chan-
tante et des artistes sachant chanter! Ce n’est
pas tout; quelques journalistes, dont l’épiderme
délicat est désagréablement affecté par la promiscuité des couches sociales
au temps où nous vivons, firent savoir au public que la « bonne société »
avait enfin trouvé un refuge; elle allait pouvoir se réunir et prendre en
commun de délicats plaisirs sans avoir à redouter le contact des fâcheux et
des intrus. La a bonne société » ne se le lit pas dire deux fois; elle assaillit
de demandes d’entrée MM. Maurel et Corti. L’abonnement atteignit un chiffre
considérable, comme aux plus beaux jours du Théâtre-Italien d’autrefois.
Ainsi, la première partie du programme était remplie, la plus difficile à coup
sûr, celle qui réclame le concours du public ; il ne s’agissait plus que de
mener à bonne fin la seconde pour que le Théâtre-Italien fut de nouveau
fondé et pour longtemps sans doute. Ceci était affaire aux entrepreneurs et
l’on ne doutait pas de leur réussite, car l’empressement du public avait
singulièrement facilité leur tâche; aucun obstacle sérieux ne se dressait
devant eux. Ils ont échoué piteusement, entraînant dans leur déroute la
ruine, peut-être définitive, d’une institution qui était appelée à rendre les
plus grands services à l’art musical.

M. Maurel, bientôt débarrassé de son associé, dont l’expérience eût pu
sauver l’entreprise, a fait preuve cl’une incapacité absolue. Artiste de talent,
il s’est montré infatué de son mérite au point d’étonner Vestris lui-même, si
le fameux danseur revenait en ce monde. Directeur d’un théâtre de cette
importance, investi de la confiance de ses abonnés et dépositaire de leur
argent, il n’a vu dans cet accident du sort qu’une occasion inespérée de
venger le baryton Maurel des dédains de l’Opéra. Répertoire, choix d’artistes,
tout a été combiné de manière à faire valoir le mérite transcendant du grand
comédien, de l’inimitable chanteur que l’Académie nationale de musique
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