Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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CORRESPONDANCE D’ANGLETERRE

EXPOSITION DES ŒUVRES DE GAINSBOROUGH

A LA GROSVENOR-GALLER Y

a Grosvenor-Gallery a, cet hiver, ouvert ses portes le Ier janvier,
pour nous montrer une collection très variée des œuvres de Gains-
borough, complément obligatoire de la collection des œuvres de Sir
Joshua Reynolds qu’on nous y montra l’année dernière.

C’est une occasion unique pour étudier et juger, une fois pour toutes, l’art du
célèbre rival de Reynolds ; car, en dehors des nombreux et remarquables échan-
tillons réunis par Sir Coutts-Lindsay à la Grosvenor-Gallery, il y a, dans la
réunion d’œuvres anciennes que nous offre en ce moment la Royal-Academy,
des Gainsborough superbes et peut-être plus caractéristiques encore, dans la
manière la plus populaire du peintre. Nous avons de plus à la Galerie nationale
des portraits célèbres et des paysages non moins connus du même maître.

En face de cette exposition, venant ainsi immédiatement après celle de Tannée
passée, la comparaison entre les deux grands portraitistes anglais du xvm° siècle —
toute banale et rebattue qu’elle puisse paraître — surgit inévitablement de nouveau :
tout nous convie à une comparaison entre les deux maîtres. N'ont-ils pas fait
partie de la même société artistique et sociale? N’ont-ils pas souvent peint les
mêmes modèles, et n’ont-ils pas toujours été considérés comme rivaux, par eux-
mêmes, par leur entourage, et par la postérité?

Gainsborough a déjà sur son célèbre émule un avantage inestimable, la
conservation relativement satisfaisante de la plupart de ses toiles ; tandis qu’il est
navrant de constater les ravages causés par le temps, ou plutôt par l’altération
des matières employées par Reynolds pour rehausser l’éclat de sa palette, dans les
deux tiers de ses œuvres les plus charmantes. Gainsborough a encore pour lui la
légèreté extraordinaire de l’exécution, la vivacité palpitante de l’expression, l’inten-
sité de vie qu’il savait mettre dans ses portraits — qualités pour lesquelles il n’a
peut-être d’égaux, dans le genre du portrait, que deux très grands maîtres bien
éloignés et bien au-dessus de lui : je veux dire Velasquez et Frans liais. Notre
maître se souciait beaucoup moins de pénétrer dans les recoins de l’àme humaine,
d’évoquer dans un portrait — comme les Holbein, les Moroni, les Rembrandt— les
sentiments, les pensées et presque l’histoire du personnage. C’étaient surtout les
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