Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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REVUE MUSICALE

a saison musicale touche à sa fin : les grands concerts
de musique classique ont terminé leur carrière
annuelle, et les concerts d’artistes se font de plus
en plus rares. Encore quelques jours, et les pianos
d’Erard et de Pleyel, qui ont subi le rude labeur
de cet hiver, vont pouvoir goûter un repos bien
mérité.

Au terme de la saison des concerts, nous ne
pouvons jeter les yeux sur un de ces nobles instru-
ments sans éprouver un réel sentiment de commisération; le piano à queue,
juché sur son estrade, a, du reste, quelque chose de la mélancolie résignée du
fauve qui attend son dompteur. Si imposantes que soient ses apparences de
force et de santé, on sait que ses jours sont comptés; les pianistes de notre
temps lui font la vie si dure! Je n’ai pas consulté les gens du métier, mais
il me semble que l’existence d’un piano de concert doit être abrégée de moitié
depuis que la musique a effectué la fameuse évolution dont le résultat le plus
certain est de lui faire tourner le dos à la mélodie, et de la rapprocher du
bruit, ce mélange confus de sons qui, au dire des voyageurs, constitue la
musique des barbares.

Ces réflexions ne me sont pas personnelles; je les ai entendu faire par la
plupart des auditeurs de M. Ilans de Bulow, qui, dernièrement, prêtait son
concours, dans la salle de la Société d’horticulture, à une des séances de la
Trompette. Voici un nom qu’on n’est pas accoutumé de rencontrer dans les
journaux, et pourtant le groupe musical qu’il désigne est bien connu des
amateurs et des artistes; depuis bientôt trente ans, cette fantaisiste étiquette
est attachée à une fondation excellente autant qu’originale, dont nous nous
proposons de parler quelque jour. Tout ce que nous voulons dire, maintenant,
c’est que les habitués de la Trompette constituent un public de choix devant
qui l’on peut sans crainte produire les œuvres les plus sévères de l’art
musical; depuis longtemps initié aux derniers quatuors de Beethoven, il en
comprend les mâles beautés : c’est tout dire. L’exécution de la musique de
chambre, qui est la base de ses programmes, est d’ailleurs confiée à des
virtuoses de premier ordre, tels que Marsick, Delsart, Van Wœfelgehm et
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