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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 2
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Mantz, Paul: Watteau, 5
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0159

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

retour de Londres : la conjecture est ingénieuse; malheureiisemént,
personne n’a dit que Watteau, revenant d’Angleterre, se soit arrêté
en route1. Quant au mérite de l’œuvre, il est incontestable; nous
l’avons vue plusieurs fois ; mais, par un accident qui ne fait point
honneur à notre méthode, la note prise devant le portrait d’Antoine
Pater a été égarée, et nous avons besoin de le révoir, pour en parler
comme il convient.

Watteau avait également peint le portrait d’Elisabeth Defon-
taihe, femme du sculpteur Antoine Pater. Ce tableau a été détruit.

Pendant la période naïve où les amateurs étaient sans défense,
on considérait comme un portrait de AVatteau une excellente pein-
ture que Baroilhet a exposée et vendue plusieurs fois, notamment
en 1855 et en 1856, et que nous avons plus tard retrouvée chez
M. Double. C’était une nymphe à mi-corps qui, pour les faiseurs de
catalogues, représentait une nièce de Mrae de Julienne, sous la figure
de la Seine. On a là un exemple de cette manie qui nous pousse
à baptiser toutes les inconnues. Il suffit d’avoir vu cette déesse des
eaux pour se rappeler qu’elle n’était nullement un portrait. Edmond
de Goncourt la signale comme « une très belle académie d’atelier ».
Le mot est fort juste : il n’y a point là l’accent de la vie particulière
et je retrouve dans le visage une'certaine invasion de l’idéal. Cette
femme, appuyée sur son urne et entourée de roseaux, est en effet
une nymphe imaginaire, une source assez proche parente d’une de
ces élégantes rivières que Corneille Vanclève nous montre en 1707
dans son beau groupe des Tuileries. Cette divinité des eaux est
d’ailleurs un excellent travail de peinture : Watteau s'y est appliqué
à peindre les blancheurs rosées des chairs jeunes et fermes, adop-
tant cette fois un procédé caressé et lisse, cherchant la sagesse,
comme il l’a cherchée dans le visage du Gilles, car c’est chez moi une
pensée persistante que lorsque AVatteau peint une figure de gran-
deur naturelle, il surveille son travail à la façon d’un écolier
studieux et s’applique comme s’il voulait mériter un prix. Quoiqu’il
en soit, la nymphe de l’ancienne collection de M. Double ne saurait
figurer au nombre des portraits de AVatteau.

Mais il faut craindre de s’attarder trop longtemps à la recherche
de la curiosité pure. Ces œuvres exceptionnelles intéressent surtout

1. M. Paul Foucart, l'historien essentiel de la famille Pater, propose une autre
hypothèse. 11 pense que le sculpteur et sa femme ont accompagné à Paris leur fils
Jean-Baptiste, et que c’est alors que Watteau a pu faire leur portrait. Réunion
des Sociétés des Beaux-Arts, 1887, p. 92.
 
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