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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 2
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Hymans, Henri: Le château de Laeken: correspondance de Belgique
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0194

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178

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

court pendant lequel furent peintes un certain nombre d’œuvres destinées au car-
dinal Bentivoglio et plus spécialement le splendide portrait de ce prélat actuelle-
ment au Palais Pilti, à Florence. Le Duquesnoy est une création de cette époque de
la carrière du maître. Le peintre et son modèle ne peuvent s’être rencontrés qu’à
Rome. Duquesnoy, tenu par Rubens en une estime particulière, aura sans doute
fait un accueil empressé au jeune et déjà brillant élève de l’illustre maître dans la
ville Éternelle. D’où la naissance du portrait. Le Duquesnoy a souffert, mais n’est
pas à ce point endommagé qu’il doive être envisagé comme perdu. S’il existe de
Van Dyck des portraits plus développés, plus imposants, il en est peu de plus
sympathiques. Représenté à mi-corps, vêtu de noir, Duquesnoy tient des deux
mains un petit masque de faune antique. Le visage, d’un modelé superbe, d’une
distinction peu commune, se caractérise par une expression de mélancolie qu’un.
contemporain du personnage désigne précisément comme lui étant particulière.
Émanant d’une collection anglaise, ce remarquable morceau de la jeunesse de Van
Dyck fut apporté en Belgique par le roi Léopold Ior. 11 a été gravé à Londres, en
manière noire, sous la date de 1751, par Van Bleck. Le portrait de Duquesnoy fut
exposé, pour la dernière fois je crois, en 1877, à l’exposition organisée à Anvers
pour le centenaire de Rubens. Il provoqua une admiration légitime.

A la même exposition figura le portrait de Paul de Vos, le célèbre peintre d'ani-
maux, un émule de Snyders, peint aussi par Van Dyck et reproduit à l’eau-forte
par lui-même. Celle toile a péri dans l’incendie de Laeken. Venu d’Angleterre
avec Léopold Ie1', ce tableau d’un très grand stylo joignait à une exécution large et
savante le mérite d’une authenticité indiscutable. Dans l’œuvre de Van Dyck, les
répétitions abondent, reproductions anciennes, toujours intéressantes, dont le fonds
premier procède sans doute du maître, mais où intervient largement une main
étrangère. Jugeant par la peinture, empreinte déjà des habitudes contractées par
Van Dyck à Londres, j’incline à croire que le portrait de Paul de Vos datait d’un
des derniers séjours de l'illustre peintre sur le sol natal. D’alors datent quelques-unes
de ses meilleures et plus franches peintures, tel, par exemple, le Van Merstraelen,
au Musée de Cassel.

A quoi bon rappeler les beautés d’une œuvre quand elle a cessé d’être? Débar-
quant à Venise au lendemain de la destruction du Martyre de Saint-Pierre du
Titien, je vis le gardien de San-Giovanni e Paolo conduire les visiteurs d’une
manière presque triomphante à l’endroit où, la veille, pendait le tableau disparu.
La gravure de Lefcbre en mains, il se plaisait à exalter les merveilles de l’œuvre
disparue. Le pauvre bonhomme se plongeait avec une sorte de volupté dans le
souvenir encore si vivace et pour lui si poignant d’une page qui faisait naguère
l’orgueil de son église et dont il lui semblait pouvoir traduire encore par des
paroles la glorieuse impression. Tel un père ayant perdu son enfant se plaît à
célébrer devant vous les perfections de sa personne et le charme de son esprit.
La disparition du P de Vos marque, hélas ! d’une croix nouvelle la liste déjà si longue
des créations détruites et qui jalonnent le chemin vers l’heure malheureusement
fatale où l'humanité en sera réduite à s’imaginer les œuvres artistiques des siècles
antérieurs au nôtre, comme nous nous figurons les œuvres d’Apelles, de Zcuxis ou
de Protogène. Notez que plusieurs d’entre celles-là ont subsisté pendant huit cents
ans; que moins de trois siècles nous séparent aujourd’hui de la création du Juge
ment dernier de Michel-Ange. Que restera-t-il dans trois siècles do tant d’œuvres qui
 
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