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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 3
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Fourcaud, Louis de: Francois Rude, 6
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0209

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188

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

fendant la nue d’un furieux essor, se retourne vers l’horizon d’un
mouvement terrible et sonne de la trompette à pleins poumons.
C’est l’âme de la Patrie appelant les citoyens aux armes. Quiconque a
entendu son appel accourt et s’enrôle. Un jeune homme nu, la pique
à la main, s’apprête à bondir sur un cheval qui hennit. Un guerrier,
plus loin, rattache, d’une main, ses sandales et, de l’autre, tient son
glaive, dans une attitude assez peu naturelle. D’autres personnages
avancent au milieu des étendards à l’antique. Nous avons là, en
somme, la première pensée du fameux groupe de l’Étoile, mais appe-
lée à se modifier grandement et heureusement.

En face du Départ, le Retour. Un blessé entièrement nu, le bras
droit enveloppé de linges, l’œil droit caché par un bandeau, entraîné
par son cheval qui vient de tomber mort, se relève avec l’appui d’un
de ses frères d’armes et sans que sa main défaillante laisse échapper
son dernier tronçon de fer. Le second héros, un voile de deuil
sur la tête, porte, à l’épaule, un étendard romain, l’aigle brisée. En
arrière, je vois un guerrier encore, au casque haché de coups, au
bouclier largement ébréché retenu à son bras gauche. Un loup fond
sur le malheureux, les dents aiguës, suivi d’autres loups sans nom-
bre. Au-dessus de cette lugubre scène, inspirée du souvenir de la
retraite de Russie, apparaît une figure gigantesque, émergeant à
mi-corps, la barbe ruisselant et le front chauve, le masque un peu
socratique, appuyée sur un roc et les yeux perdus dans l’espace.
Quelle peut être cette personnification? La Sagesse immortelle,
l’Histoire sereine, dominant, du haut de son impassibilité, nos luttes
d’un jour? Je ne puis dire. Je crois que l’artiste, s’il eût exécuté
cette composition, y eût apporté de sérieux changements et l’eût
expurgée de cette allégorie obscure et bizarre. Il faut, nonobstant,
tenir compte de la conception qui est grande : des héros écrasés par
la guerre, rompus par la fatigue, endoloris de blessures et poursuivis
par les bêtes sauvages. Le cheval mort, à la tête pendante, maigre,
épuisé par la course, et les loups acharnés après leur proie, sont aussi
des morceaux d’un très frappant caractère. Voici Rude tirant, tout à
coup, du sentiment profond d’une situation, une conception intime-
ment tragique, dont la réalité a fourni tous les éléments, transposés
dans un sens légendaire, dénaturés par des formules classiques, sou-
lignés, d’autre part, par des détails poussés jusqu’à la ti'ivialité
comme les lipges de pansement du blessé, mais où se manifeste, au
moins, une libre tendance et d’où s’exhale une émotion, une pitié
humaine. Avec de telles recherches, nous sommes sur le chemin
 
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