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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 6
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Mabilleau, Léopold: Le salon du Champ de Mars, [1]
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0527

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LE SALON DU CHAMP DE MARS. 483

d’un art capable de développer, à l’improvisté, une pareille maîtrise.

L’une des plus heureuses surprises que nous réservait le Champ
de Mars est la réapparition d’un artiste d’élite qui, depuis de longues
années, s’était retiré des expositions, et n’était connu du public nou-
veau venu que par quelques tableaux appendus au Luxembourg.
M. Ribot a envoyé une douzaine de toiles qui donnent l’idée la plus
exacte et la plus complète de sa manière.

A vrai dire, s’il ne s’était agi que de permettre aux ignorants de
distinguer, du premier coup d’œil, ses œuvres parmi toutes les autres,
une seule eût suffit, tant l’originalité du peintre apparaît tranchée
et violente dans la facture extérieure qui s’impose aux regards. Un
fond de bitume où se perdent les vêtements uniformément sombres
des personnages, une face blême aux yeux luisants de braise, aux
méplats saillants, à la peau rugueuse et martelée, des mains ridées ou
noueuses, sortant on ne sait d’où et venant accentuer encore l’appa-
rence fantômale de la figure; voilà ce qu’on est sûr de trouver dans
tous les tableaux de M. Ribot, et, cette constatation faite, bien des
gens détournent tète à la recherche d’une peinture plus « sympa-
thique». Mais si l’on y regarde de plus près, on se sent peu à peu saisi
par l’intensité de. vie, par la puissance et la variété d’expression
qui se dégage de cette austère monotonie.

Comparez, par exemple, la vieille femme qui dépouille les Titres
(le famille avec la Flamande qui s’étale dans le cadre voisin : rien de
plus different, dans leur superficielle uniformité, que ces deux visages
fouillés et analysés avec le souci d’atteindre presque au tréfond de la
définition personnelle. Le regard éteint de l’une, ses lèvres flétries,
ledébridement de sa chair que manifeste la saillie de l’ossature sous
la peau détendue, tout cela trahit le morne abandon de la créature
qui commence à se dissoudre. En vain elle se redresse au souvenir
des aïeux dont elle froisse les parchemins : le ressort manque à ce
pauvre corps usé qui s’affale. Aucun peintre, non pas même Ribéra
dont il subit visiblement l’influence, n’a rendu mieux que M. Ribot
ces effets de vieillesse et de mort, par de simples indications plas-
tiques. Car l’impression lugubre ne tient pas à la tonalité générale
dont nous avons dit le parti pris ; la Flamande le prouve bien. C’est
une jeune fille à l’œil vif, à la lèvre sanguine, dont la carnation re-
cuite trahit une sensualité comprimée; la physionomie ironique et

sournoise est du caractère le plus individuel. La manière relève de
Velasquez, et nous fait songer à la petite « Infante Marguerite » du
Louvre.
 
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