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Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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Nr. 6
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Fourcaud, Louis de: François Rude, 7
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https://doi.org/10.11588/diglit.24447#0549

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FRANÇOIS RUDE.

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y tient lieu de plancher; les deux ou trois moulages d’antiques, le
torse couché de l’Ilissus, la tête de cheval de Phidias n’ont point
hougé de leur tablette ; pour toute nouveauté, nous constatons la
présence des deux masques en plâtre du Génie de la Patrie et du
vieillard guerrier de l’Arc de Triomphe, accrochés au mur. Dans un
coin, sur une étagère basse, se rangent des esquisses sommaires, en
terre crue séchée et qui s’effrite ; deux ou trois selles à sculpter sup-
portent des ébauches enveloppées soigneusement de linges mouillés.
En fait de meubles, un divan algérien, trois chaises de paille,
deux escabeaux de bois, une table assez grande, où s’alignent quel-
ques livres posés sur leur tranche, — les Métamorphoses d’Ovide, les
Grands hommes, de Plutarque, VHistoire de la Sculpture, d’Eméric David,
— et se disposent, en petits tas, des lettres, des notes, des croquis...
La baie du fond se voile d’un ample rideau de serge grise. Un seul
trait distingue cet intérieur d’artiste : l’absence de tout désordre,
une reluisante propreté1. Rude est là, du matin au soir, son éter-
nelle pipe aux lèvres, les cheveux gris, la barbe déjà longue et
limoneuse, se tenant à lui-même de grands discours, entrecoupés
de bribes de chansons dolentes et, tout en écrasant des boulettes
d’argile, piétinant sur place, se cambrant, se reculant, avec des
mouvements cadencés, pour juger de l’effet de son œuvre. Il n’est plus
ce jeune homme leste, rompu à tous les exercices du corps, qu’il
était à Bruxelles, mais, à mesure qu’il s’alourdit, on voit s’accentuer
en lui toujours davantage, et en tous ses actes, son goût singulier de
l’allure noble, du maintien rengorgé. Certain soir de jour de l’An,
où Mme Rude a réuni chez elle quelques amis, avec qui l’on pourrait
danser, comme elle dit, en bonnet de coton, car ils sont d’àge mûr, le
sculpteur divertit tous ses invités en exécutant « ses pas de théâtre
comme sous l’Empire » 1 2. Ce « sérieux » du corps est assez souvent

1. Cet atelicr'élait situé au n° GG, rue d’Enfer. Rude l’a occupé de 1827 à 1838.
A celle époque, il s’installe un peu plus grandement, mais aussi simplement, même
rue, n° G5, où un petit atelier est ménagé pour sa femme auprès du sien. En 1852,
le maître s'établit quelque pas plus loin, toujours dans la rue d’Enfer, n° 61.
Diverses listes des noms et adresses des sculpteurs employés à l'Arc de Triomphe,
trouvées par moi dans les dossiers des Archives nationales, nous apprennent que
Rude a exécuté ses modèles pour l’Arc, 7, rue de l’Est, c’esl-dire dans l’atelier de
Roman.

2. Lettre de Mmc Rude à M'"» Céline Moync : 23 février 1838. Les détails sur
l’intérieur de Rude me viennent de plusieurs de scs anciens élèves, principalement
de M. Emmanuel Frémict, son parent. Voir aussi la brochure déjà citée du doc-
teur Legrand : liudc, sa vie et ses œuvres.

m. — 3' PÉRIODE.

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