Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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LES INFLUENCES CLASSIQUES DANS LES FLANDRES 473

quelques difficultés à se procurer des modèles féminins, comme au-
jourd'hui encore dans certaines contrées pudibondes, telles que la
Suisse.

Mais la connaissance de l’antique a-t-elle été aussi étrangère
à ces réalistes à outrance qu’on a bien voulu le soutenir ?

Un fait qui frappe de prime abord chez eux, c'est la préoccupa-
tion de l’élément rétrospectif, et, prononçons le mot, de l’archéologie.
Dans leurs tableaux., l’architecture et les ornements procèdent inva-
riablement du style roman, quoique les monuments de cette école
dussent être fort rares autour d’eux, comparés à ceux du style go-
thique. D’un bout à l’autre de leur œuvre, le plein cintre occupe la
place de l'ogive, et cet engouement s’étend jusqu’aux ornements,
jusqu’à ces magnifiques colonnes monolithes en porphyre ou en vert
antique, jusqu’aux massifs chapiteaux dorés. Exemples : la colonne
en marbre noirâtre d'un des volets du musée de Bruxelles ; la Vierge
au donateur du Louvre; la Vierge de l’Académie de Bruges; le trip-
tyque du musée de Dresde ; la Vierge avec sainte Barbe et un dona-
teur du musée de Berlin (acquise à Londres en 1888)1. La même
particularité se retrouve dans le retable du musée de Madrid, Le
Triomphe de /’Eglise sur la Synagogue, ou La Fontaine de la Vie,
dans lequel d’aucuns voient une copie ancienne d’un original perdu,
tandis que d'autres refusent d’admettre que cet original se rattache
aux van Eyck. Ici encore l’architecture, abstraction faite de la fon-
taine, qui n’est d’aucun style,, appartient au roman, mais manque
de franchise (les cintres sont trop surélevés). Seule la richesse des
colonnes monolithes fait penser aux van Eyck. Je ne connais qu’une
exception à la règle que je viens de formuler : la riche et plantureuse
esquisse au pinceau du musée d’Anvers, représentant Sainte Barbe
(1437), nous offre un magnifique clocher gothique, à la construction
duquel travaillent de nombreux ouvriers.

Constatons que Rogier van der Weyden et Memling2 ont montré
la même prédilection pour l’architecture romane. Mais ce qui était
chez les van Eyck choix libre et raisonné ne fut chez leurs succes-
seurs qu’un emprunt de convention.

1. Voyez, sur ce tableau, l’article de M. de Tschudi dans VAnnuaire des musées
de Berlin, 1892, p. 156.

2. Les arcades en plein cintre se retrouvent dans toute une série de peintures
de Memling : Présentation au Temple, de la Pinacothèque de Munich et de l’hôpital
de Bruges; Sainte Famille, du même hôpital (chapiteaux romans historiés);
Arrivée de sainte Ursule à Rome (même collection), etc.

XIX. —• 3e PÉRIODE.

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