Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 21.1899

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LE PORTRAIT SUPPOSÉ DE CÉSAR BORGIA

ATTRIBUÉ A RAPHAËL

e qui frappe à première vue, lorsqu'on étudie
de près le jeune monstre, c’est la verve et
le naturel qu’il met à ses crimes. Rien de
forcé ni de théâtral ; son ambition a l’élan
d’un appétit carnassier, son astuce même
tient de cette acuité de flair et d’ouïe dont
la nature a doué les fauves. Tel nous le
montre le grand portrait que l’on voit de
lui au palais Borghèse... La main sur son
poignard, tenant de l'autre une de ces boules
d'or qui servaient à contenir des parfums, il vous regarde en face,
avec une sérénité impassible. Ce n’est point la haine ni la colère
qu’exprime ce regard, mais la volonté : une volonté fatale, inflexible,
tendue comme un glaive, et dont l’imagination pénétrée sent, en
quelque sorte, la pointe et le froid. L’art s’est rarement assimilé la
vie à un degré plus intense. L’homme est là, enchâssé tout vif dans
le panneau de cèdre, comme un oiseau de proie cloué sur une
porte... »

Ainsi parlait Paul de Saint-Victor 1, il y a trente ans environ.
Le portrait grandiose et troublant, sur l’émail profond duquel d’au-
tres poètes encore à leur façon, un Michelet, un Quinet, ont cherché
les traits du sombre duc de Valentinois, est cependant resté, pour
les historiens de l’art, une obsédante énigme.

1. Hommes et Dieux, p. 150.
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