Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

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de son histoire, il règne une extrême incertitude. Les faits les plus récents
même, les faits d’ordre, si l’on peut dire, administratif nous échappent :
croirait-on que les archives du Louvre ne font aucune mention de l’entrée
des tapisseries et que celles du Mobilier national ne portent pas trace de
leur sortie ?

On ne lira pas ici la réponse certaine à la plupart des problèmes qui se
posent. Nous n’avons pas trouvé les documents qui nous fixeraient sur ce qui
importe le plus, la date et les conditions de la commande : ce sont choses
qu’on ne découvre pas en quelques semaines et parce qu’on en a besoin ; il
faut de plus longues recherches et le secours d’un hasard heureux. Mais, à
défaut d’une lumière complète, ces pages peuvent avoir l’utilité de préciser
l’état de la question. Çelle-ci, il faut le dire, se trouve passablement embrouil-
lée par les assertions contradictoires des divers historiens, où l’on ne démêle
plus bien le certain du douteux. C’est déjà quelque chose de connaître la
mesure exacte de son ignorance, car cette connaissance est indispensable
pour diriger les investigations nouvelles et parvenir à la vérité.

En s’efforçant d’éclaircir l’histoire des Chasses de Maximilien, on fait plus
que satisfaire au goût d’une exacte érudition. Cette tenture complète, admi-
rablement conservée, et qu’on a pu examiner à loisir pendant des semaines,
alors que les pièces comparables de Madrid ou de Vienne sont inaccessibles et
ne sont guère connues que par les photographies, est d’un grand prix pour
l’histoire de la tapisserie. Elle est, de plus, riche d’ensjeignements sur la vie
au temps de la Renaissance : par leur caractère de scènes de mœurs, les
Chasses se rattachent à la suite connue sous le nom de Mois Luras ;
parleur lien étroit avec la cour de Bruxelles, aux tentures historiques de la
Bataille de Pavie et de la Conquête de Tunis, leur valeur documentaire est
évidente. Mais, surtout, elles ont une importance qu’on 11’a pas suffisamment
mise en relief pour l’histoire de la peinture.

On a trop négligé, en écrivant cette histoire, de faire état des tapisseries,
qui représentent dans l’art du Nord au xvie siècle le grand art décoratif. Par
leur originalité, parle mélange qu’elles présentent d’influences italiennes et
de réalisme local, par la beauté surprenante de leurs paysages, les Chasses
tiennent une place capitale dans la peinture flamande de la Renaissance. Une
monographie qui pousserait à fond dans toutes les directions où elles
ouvrent des aperçus serait singulièrement fructueuse. Il n’est naturellement
pas question de la donner en quelques pages ; on n’en trouvera ici que des
parties '. 1

1. M. Migeon publiera prochainement à la Librairie centrale des Beaux-Arts une mo-
nographie de ces tapisseries, où elles seront toutes reproduites à grande échelle. Nul
doute que son travail n’apporte sur la matière bien des clartés qui nous manquent.
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