Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 12.1925

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CHRONIQUE MUSICALE

ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE : La Naissance de la Lyre,
conte antique en un acte et trois tableaux, poème de M. Théodore Reinach,
musique de M. Albert Roussel.

y. drame lyrique subit indiscutablement une crise morphologique.
Il en est aujourd’hui au même stade que le vieil opéra italien
à l’époque de la révolution wagnérienne. Certes, le spectacle
lyrique ne peut mourir, mais il faut, de toute évidence, qu’il
se transforme et qu’il découvre un équilibre nouveau.

L’humanité doit obéir, jusque dans ses divertissements et
ses délassements, au rythme des civilisations qu’elle traverse. Nul ne peut
se flatter d’échapper, dans le domaine de l’art, aux impulsions secrètes ou
avouées de l’activité sociale, scientifique, industrielle ou commerciale.

Le théâtre musical en fait l’expérience en ce moment. Nous vivons au
siècle de la vitesse. La lutte pour la vie nous oblige à produire le maximum
de travail dans le minimum de temps. Nos minutes sont devenues une
monnaie précieuse qu’on ne dépense qu’à bon escient. L’automobilisme, qui
nous permet, chaque jour, de remporter d’utiles victoires sur le temps et
l’espace, est devenu indispensable à la vie matérielle des hommes
d’aujourd’hui : le cinéma, qui est la forme automobile de la pensée
branchée sur moteur électrique, ne joue pas un rôle moins important dans
la vie intellectuelle de la foule. Consciemment ou non, le public des
théâtres souffre de la lenteur des réalisations scéniques.

Dans le théâtre musical, cette souffrance s’aggrave singulièrement. Aux
siècles paisibles où l’on pouvait gaspiller sans regret ses loisirs, on écoutait
sans impatience une action chantée. Aujourd’hui, beaucoup de braves
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