Grand-Carteret, John
Les moeurs et la caricature en France — Paris, 1888

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VI

PRÉFACE

C'est vers 1883, à la suite de l'exhibition dans les galeries de l'Art
d'originaux de la caricature anglaise, que je conçus l'idée de faire défiler
sous les yeux du public, par le livre d'abord, par l'exposition ensuite,
tout ce qui constitue l'humour, la vie intime, politique, sociale, des races
humaines, soit, en un mot,, la peinture de mœurs, d'étude et d'observa-
tion comico-pittoresque. Mais, dans mon esprit, l'exposition, pour porter
son enseignement, doit être le couronnement du livre; il est nécessaire
que tous les comiques puissent défder à la fois l'un à côté de l'autre,
de façon que la comparaison s'en détache, saisissante et concluante.

Car, à notre époque d'évolution, d'incubation scientifique, artistique,
littéraire, livres et expositions ont un but à remplir. Il s'agit, non de
donner au public des images choisies en vertu de certaines petites consi-
dérations, mais bien de restituer, de reconstituer pour lui la vie passée,
hommes et choses.

C'est ce que j'inaugurai avec l'iconographie de J.-J. Rousseau; c'est
ce que je prépare pour l'iconographie de la Révolution, c'est ce à quoi je
songe pour la caricature humaine, estimant qu'il faut, à la fois, faire
l'éducation de l'œil et l'éducation de l'esprit.

L'histoire des mœurs, de la vie intime portée au premier plan, est
chose nouvelle en ce pays de France encore tout imbu de classicisme,
d'historiographie officielle et pompeuse qui, comme en plein xvne siècle,
consacre des volumes aux batailles, des chapitres aux hommes politiques,
et ose à peine mentionner Daumier, Gavarni, Grandville, les senteurs,
les penseurs, les analystes du crayon, parmi les hommes illustres de
la génération.

Donc, c'est un côté inconnu ou du moins oublié qu'on va voir défiler;
non des images placées à tort et à travers pour constituer un livre
illustré; mais bien les vignettes-types qui ont eu une portée dans l'his-
toire des manifestations graphiques, qui, au point de vue social ou poli-
tique, incarnent une époque.

De cet amas de documents, se dégage un fait positif, indiscutable :
la prépondérance, en France, de la femme et de la caricature
légère; ou plutôt, pour mieux exprimer la chose, l'éternité despréoccu-
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