Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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La Chine Illustrée

On prent
resolu-
tion d'en-
voyer un
Ambasfa-
deur au
Pape.

Ils remet-
tent en
chemin.

qui fût un grand advantage pour eux:
car ce Prince n'eût pas plutost veu ces
deux hommes,qu'il admira d abort leur
bon naturel, & prit resolution , con-
noissant leur bel esprit, de leur de-
mander de qu'elle façon fe gouver-
noient les Estats de l'Europe, tant en
gênerai qu'on particulier. Il voulût sça-
voir encore ce qu'on croyoit du Pape,
&quel estoit son pouvoir, &: sa façon
de gouverner : Il demanda le mesme de
l'Empereur, & voulût enfin s'instruire
de toutes les coûtumes que l'onoblèr-
voittant pandant la paix que pandant
la guerre ; à quoy ils respondirent si sa-
gement, que le grand Qkam, après a-
voir pris conlèil de ces Satrapes, or-
donna qu'on dilposeroit une célèbre
ambasîàde pour envoyer au Souverain
Pontifice ; desorte que la chosè ayant e-
sté resoîuè parleConseil.Cegrand Em-
pereur choysit pour ces Ambassàdeurs,
ces deux illustres (Polmiens de Vënife,
dont le mérite, & la fidélité estoient
desjaassés connus de ce Monarque, 8c
leur donna Ces commissions, & sès let-
tres avec une table d'or, sur laquelle
cent hommes des plusdodes, des plus
sçavants, & des plus illustres de ce grand
Empire avoient efcrit leurs noms, a-
prés celuydu Roy, protestanttousen-
îëmble de vouloir tousjours vivre &
mourir sujets à la sainte Eglilè Romai-
ne, dont ils croyoient la doctrine la plus
parfaite, & la plus véritable de toutes
celles qui sont au monde ; c'est pour-
quoy ces Ambasiàdeurs furent envo-
yés delà part de tout l'Estat pour don-
ner des tesmoignages de sa soubmislion.
Ces hommes ayant donc receu leur
commission, ils se mirent d'abord en
chemin pour satisfaire à l'inclination
de l'Empereur, & de sa Cour; voyla
pourquoy on leur donna la table d'or ;
afin d'obliger tous les sujets de cet
Estat non seulement de les laissèr parler
sans les inquiéter, ni leur demander
aucun impost : mais encore j afin de les

tress£

faire recevoir par tout avec amour &
avec respet ; ainsi qu'il estoit comman-
dé par les patentes efcrites sur la mes-
me table d'or. S'estant donc mis en
chemin avec toutes ces précautions,
ils arrivèrent enfin, après quelques
moys de temps, à fôal^ram, qui est un *lse"£'
port d'Arménie (je ne sçay pas pour- port de
tant s'il est situé sur la Mer Cajpiene,
ou sur le pont Euxin ) il est néant- vont à
moins plus croyable que ce doit estre An
le port de Trape^unte qui est sur un
coin du pont Uxin ; après quoy sor-
tant de ce port, ils arrivèrent dans
quelque mois à celuy d'Jjicone en l'an
1272. ce qu'ils n'auroient pas peu faire
dans si peu de temps par la mer Caspiene,
à cause de sa vaste estanduë qu'il faut
traversèr.
Estant enfin de retour à Jncone d'où
ils estoient partis, ils apprindent la
nouvelle de la mort du Pape Clément Le mort
IV. & qu'on n avoit pas encore mis mît* Vs>
personne à sà place, ce qui leur don-
na un grand déplaisir, cependant ils
délibérèrent d'aller faire un tour à
leur pais, en attendant l'ele&ion d'un Hsvontà
nouveau Pontife : mais lors qu'ils furentVtnï^'
arrivés, Nicolas qui avoit laisse sà femme
enceinte à son départ, trouva qu elle
estoit decedée, ayant mis au monde un
fils nommé Marc âgé de 15 ans, lequel
accompaignant Ion Pere dans les plus
esloignées régions de l'Asie, a eserit
l'histoire géographique de ce pais.
Ces deux personnes ayant donc appris
qu'il y avoit un nouveau Pontife, nom-
mé Grégoire X. lequel fût éleu par un
commun consentement de tous les Car-
dinaux ,! sous l'Empereur de fydolpbe,
ils revindrent à Ancone ., & de là à ^ome,
pour presenter au Pape les lettres & les ilspresen-
presents que luy ënvoyoit legrand Cham^ [«très du
de quoy cePontife fût tout surpris & ra- g,a"d,
• v> r 1 r r r Cbam a
vi d ayle, voyant une choie 11 peu atten- Grégoire,
due, & une occasion sï favorable pour m°entessu-
publier l'Euangile, & pour augmenter
par ce moyen le nombre de fidelles,
&
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