Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

Page: 198
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/kircher1670/0246
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
I9S

La Chine III

ustree

donne U connoijsmce du monde, & de fa du
jj)ojttion par deux métaphores, La i. dit
que le monde ejl nay d'un œuf, lequel eft
"Venu dans une si grande consissance que fa
coque fait les deux, le blanc le feu, l'air, &
l'eau, & que la terre a ejl'e formée du moyeu,
ausfi bien que toutes les autres chofes de ce
bas monde. Vautre métaphore ejl prfed'un
certain homme extraordinairement grand,
que ce peuple appelle Banio, & que nom
nommons Microcofme, %S ils dijent que cefi
du ^atld ^e ce ^eant ^ t0iit VuniVws aefà forme,
Géant, ils ajjurent donc que fa tejle fait les Ceux, fes
yeux les ajlres de jour, & de la nuit, fa
chair la terre, ses os les montagnes fes che-
veux les herbes, les plantes, & les arbres,
sort "Ventre la mer , de forte que Venant a
adapter chafjue membre de /on corps (félon
leurs fonctions) aux parties de l'univers © de
cette machine du monde, il arrive que tout
les autres hommes ne sont formés que des pieds
de ce Géant, & que l'exijlance de toutes les
créatures ne viennent que de luy. lis assurent
encore avec quelques autres nations,qiii
leur sont voysines,que les morts ont be-
soin de boire & de manger, c'estpour-
quoy ils leur préparent tous ks jours
de superbes festins, & des magnisiques
banquets. En troisiejme lieu cesi leur/en-
timent que les ames des trèspasiés ont besoin
de nourriture ; c'e(l pourquoy leur couslume
ejl de faire des banquets dans certain temps
de l'année ; asin que les ensans drejsent des
régales à leur s Fer es, que les semmes en jbis-
sent tout autant à leurs Maris ,&les Maris
à leurs semmes ; auss bien que les amis aux
amis. Tous ces préparatifs estant saits ces
pauvres aveuglés attendent assés long temps
que le mort vienne manger ce qu'on luy a pré-
paré & sassoir à la table qu'on luy a drefjee.
On n'a qu'a voir ce que j'ay ditcy des-
sus pour estre convaincu de la vérité
& pour avoir encore une plus parsaite
3> connoiisance de ce que j'ay dit. Les
3> Tartans sont encore dans la mesme er-
v reur ; car (au raport de Marc TaulFenu
„ tien) ce peuple est tellement aveuglé
j, qu'il adore une certaine divinité saite à

plaisir, qu'ils appellent Katagai, quïis *
estimcnt estre le Dieu de la Terre, le- rt
quel a l'intendance de toute sorte d ani-<éî
maux. Cette nation a une si grande ve- A
neration pour cette imaginaire & fan-"
thastique divinité,; qu'il n'y a personneic
d'entre eux, qui n'ait une image de ceic
mesme Dieu dans sa maison j & d'au- \e
tant que c'est la croyance de ce peuple ao'ied
que ce Katagai avoit une femme, &
des enfans, ils mettent les images dec<:icS'
cette semme & de ces mesmes enfants"
auprès de celuy de leur Pere, avec cet<c
ordre pourtant, que celuy de la semme cc
est à la droite de son mari, & que lesu
enfants ne sont qu'au devant de ceux dç<c
leurs parents. On ne sçauroit croire le <(
grand honneur qu'ils rendent a ces pe- "
tites Idoles, principallement quand ils
s'en vont disner ou louper : car pour- "
lors ils frotent la bouche de ces statuës u
de la grece qui est provenuë de la vian-
de cuïte , & portent une partie de leur
disner hors delà maison ; afin de mieux j
donner à connoistre le respet & l'efti- '6
me qu'ils ont pour eux, & afin de leur ' ■
donner de quoy se nourrir (comme ilsci
s'imaginent qu'ils vienent exprefîèment 'c
pour prendre leur nourriture. Mais
revenons maintenant à la Cochinchine,
& disons que la maxime de ses habi-
tans est de mettre au rang des dieux .
les Roix qui ont saintement veseu, &
de îeurdresser desstatuès; lorsqu'ilsse <g£tI<
sont rendus illustres par leurs actions & bongjjj
leurs proùessès : en quoy ils imitent delllu
point en point la coustume des Egip-
tiens qui eftoit telle que je m'en va vous
racompter à present.

La coustume donc de ce peuple est £j

dessever au milieu du palais à'OF
ifyx un magnisique monument avec
un autel superbementorné,avec un cer-
ceùil destiné pour le mort, qui n eft pas
ny moins riche, ny moins curieusèment
travaillé, que le reste ; afin de sèrvis
plus glorieufèment à la pompe sunèbre
de ce désunt. Après quoy ils placent
ce
loading ...