Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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La Chine Illustrée

& des orages fréquents qui sont sor ces
mers, îesquels rendent presque ce pays
inaccessible. Quand à ce qui est du cou-
chant, la nature a pourveu à sà defTence,
en ce qu'elle luy a donné de tres-affreu-
ses montagnes, pleines de rochers & de
bestes féroces,lesquelles forment des ar-
mées pour sa conièrvation & sa seureté ;
de sorte qu'à îa faveur de ces murailles,
de ces monts,de ces précipices, & de ces
rochers, des Tygres, des Lions, des
effroyables Serpens, Se des autres ani-
maux venimeux & cruels qui y sont, il
ny a rien a craindre de ce costé là, en
quoy j'esiimc que la Chine a esté très
bien nommée dans la langue vulgaire
de ce pais Cunghoa ou Cungque qui sigrii-
fie médium regnum le Royaume du mi-
lieu ; pareequ'en effet, il sèmble qu'ils
ont quelque raison de croire que leur E-
stat est au milieu du monde, & qu'il est
quasi comme le centre de l'univers,sepa-
ré de tous les autre*, ou bien sélon la li-
gnification de leur mot, qu'il est le jardin
du milieu, c'est adiré Iejardin à sseurs;
à cause qu'il a abondamment au dedans
de luy tout ce qui est necesfùre pour le
délice aussi bien que pour la necessité
de la vie de l'homme. Ce grand Empire
est; si inerveilleusêment bien disposé,
qu'il n'y a point de cham pour si petit
qu'il soit, ny de ville pour si eseartée
qu'elle puissé estre, qui ne soit arrousée
de quelqu'un de ces sseuves, de ces lacs,
& de ces ri vieres,lesquelles sortent de ces
hautes & inacceiTiblcs montagnes de
l'occident, & des monts qui sont au
milieu de ces vastes provinces, comme si
s'estoient des canaux qui prissent nais
lance d'une mer, ou d'un ramas d'eaux
qu'on distribuè à dessèin pour la com-
modité des habitans, & la facilité du
commerce & des voyageurs qui peu-
vent aller commodément d'un lieu à
l'autre avec des basteaux. Les princi-
paux de ces sseuves sont iQangssuih ap-
pellent fils de la Mer à cause de sa gran-
deur. Le sécond est Hoang qu'ils sur-

nomment Ieaune à cause de ses eaux qui
ont cette couleur. Celuy-cy parcourt
toute l'Inde dépuis un bout jusques à
l'autrc,& divise en deux le Royaume de
îa Chine -, desorte qu'après avoir pris son
origine dans les montagnes les plus e-
ssoignées de cet Empire, après avoir
parcouru tout ce pais, divise en deux
cet Estat, & receu dans son sein toutes
les autres rivières qui luy communi-
quent leurs eaux, il sè va rendre enfin
dans l'Océan Oriental, qui reçoit ses
ssots comme on le peut voir dans la car-
te, il y a encore cela d'admirable dans
le monde Chinois, que son estanduc
n'a pas seulement les doux climats de la
zone ^tempérée, mais encore il com-
prend les pays qui sont sujets à lator-
ride & à la glaciale :de façon qu'il con-
tient ?es deux extrémités du froid & du
chaud, à commencer dépuis le levant
jusqu'au septentrion; ce que pas une
Monarchie du monde n'a hors de cclle-
cy ; car a commencer au 18 degré de la
zone torride,& à pasTer au travers de la
tempérée, on viendra jusques à la mer
glaciale des Tartares, & on trouvera
que ce pays est au sèptentiesme degré
d'essevatiort, &qu'ainsi toutes ces pro-
vinces contiennent 3 2 degrés. Que si
vousreduiies chasque degré à 15 lieues,
on trouvera qu'il y a en tout 780 mille
agronomiques & 3110 Italiques, dont
les 60 constituent un degré.
Il suit de tout cecy, que toute sorte ^
de fruits, de baumes, de bois précieux, piSjf
d'arbres, & d'animaux se trouvent dans [^n*
ce seul Empire, & sont si communs à r°atss%
tout cet Estat comme ils le pourraient paiï/L
estre chaseun dans sa Zone & dans son
païs naturel ; desorte qu'on peut dire, f' "'^
qu'on voit tout ce qu'il y a dans l'uni- tabi^
vers recueilly & ramassé dans ce lieu. ^V'5^
Qui est-ce de tous les Monarques de
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1 univers qui a jamais eu le melme ad- ixi0^
vantage que celuy de la Chine ; sçavoir,
d'avoir tous les jours nonsêulementen
esté j mais encore en automne & en hi-
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