Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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23+ La Chine
voyons en Europe que certaines mon-
tagnes estant veuès de loin, femblent
former différentes figures : on en a l'ex-
périence dans la Sicile, & prés delà vil-
le de Takrme , oii il y a une monta-
gne au milieu de laquelle on voit en-
core un rocher , lequel porte une figu-
re Il parfaitte de Cœfar, qu'il semble
que ce lbit quelque habille maistre, &
quelque grand ouvrier qui a pris a
attache de l'y graver, & on jureroit
que c'est quelque homme qui l'a fai-
te à dessein. On voit encore en fe pro-
menant sur le port de Me sine, le mont
Scillem , distant de 12. mille pas, le-
quel represente parfaittement la teste
d'un homme, ce quej'ay admiré plu-
ileurs fois. Je pour roi s rapporter icy u-
ne infinité de ièmblables exemples, si
je ne les avois pas apportés ailleurs:
mais je me contenteray de dire , que
comme nostre phantasie est tousjours
resveuse , & qu elle forme à chasque
moment mille imaginations ridicules,
il faut croire aussi qu'elle s'est imagi-
née cette montagne chinoife, & qu'el-
le n'a d'existance que dans sa resve-
rie, ny d'estre que dans son espritj
ce qui est cause que les voyageurs de
ces régions venants à palTer par ces
endroits le persuadent, en voyant cet-
te montagne, qu'elle est toute rem-
plie d'un nombre infini de sembla-
bîes phantosmes & de ces sortes de
spectacles j que si vous voulés suivre
un autre sentiment, vous dires que
toute la montagne n'est pas formée en
Idole ; mais seulement qu'il y a quel-
que rocher qui en porte la figure ;
pareeque quelque insigne maistre s'est
attaché de la former de la façon qu'on
la voit. En effet, c'-est mon senti-
ment, d'autant mieux que lestestes,
les bras, les pieds & les autres mem-
bres des colosses, & des grandes sta-
tuès qui sont dans le Capitole de Ro-
me , & dont les fragments parois-
sent encore, en sont des preuves ma-

Illustree
nifestes. Ohm le Grand racompte dans
son Hijloire Septentrionale de Norvège,
qu'il y a un grand rocher au milieu
de la mer qui reprefente dans la per-
section un moyne avec son habit ; dc-
sorte que tous ceux qui le voyent de
loin, croient voir dans la vérité un Re-
ligieux revestu.
On racompte de la montagne Tau Monwg
pe , qui est dans la province de Xw- ïenco-
fi ; laquelle est si célèbre par les ti- JjJjJJc
reurs d'oroseopes, qu'on n'y sbnne yson,nC
jamais aucune cloche, qu on n excite ches.
à mesme temps des foudres & des e-
sclairs, des bourasques, & des tem-
pestes ; c est pourquoy il est tres-ex-
prefîèment deffendu à toute sorte de
personnes de porter jamais de cloche-
tes en ce lieu, crainte qu'à dessain,
ou mesme par mesgarde on ne vienne
à les sonner, & à caufer par ce moyen
des orages & des tempestes furieu-
ses ; sçavoir maintenant si c'est une
chose naturelle ou si elle ne l'est pas ;
c'est à quoy l'on ne sçauroit respon-
dre ; pareeque l'Autheur n'ayant pas
traitté ce point, ny n'ayant pas dit les
dispositions de la montagne qui pour-
raient causer de tels effets, il me fem-
ble que j'auroistortde vouloir donner
mon jugement dans un affaire si diffi-
cile ; desorte que tout ce que je puis
dire sur ce point, c'est que peut estre
il y a eu quelque pacte avec le démon,
ou bien quelque convention expli-
cite , faite par un magicien avec le
Prince des ténèbres, par laquelle ils
ont convenu qu'on n'entendroit ja-
mais de semblable son sur cette mon-
tagne , qu'à mesme temps on ne vit les
funestes suittes que je viens de ra-
conter. Une infinité d'histoires, qui
nous assèurent & nous apprennent de
chofes semblables touchant les mon-
tagnes pleines d'illusions diaboli-
ques, sont des confirmations, & des
preuves de tout ce que je viens de
dire.
Les
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