Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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ïham est
e premier
con-
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Colonies
a l'extré-
mité de
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Cbi.
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les.

d-Athanase
j'ay dit que l'invention des lettres
ou caractères Hyeroglifiques a esté
trouvée presque trois cents ans après
le déluge , dans le temps que les en-
fans de AToëgouvernoient le monde, &
qu'ils estendoient leur Empire jus-
ques aux extrémités delà terre. l'Em-
pereur Fohi fût le premier qui en trou-
va le sècret ou du moins qui l'ap-
prit des succesièurs, & des dépen-
dants de Noë : car comme nous a-
vons rapporté dans le premier Tome
d'Oedipe, Cbam transfera premièrement
sès colonies d'Egipte en (Perfe, & de là
en Bactrian ; nous avons desja dit qu'il
est le mesme que Zoroajïre 1{py de 'Ba-
clrie. Cette Région est située à l'ex-
trémité de la *Perfe ; desorte qu'elle
est limitrofe de Mogule ou d'Indofian ;
c'est pourquoy elle estoit très-bien
postée pour envoyer des colonies
dans la Chine qui est le bout de la ter-
re & le dernier climat du monde ha- j
bitable; ainsi il ne faut pas trouver
estrange s'ils ont eu dépuis si long-
temps les caractères pour efcrice ;
puisqu'il y avoit tant de facilité de les
avoir par la communication des deux
pais, & qu'ils les ont appris du grand
<Pere Q?am ■> & ^e Mercure Trifmegisie
Confeiller de Kefiaim son fils, & pre-
mier inventeur des Hyerogliphes. Ce
qui me persuade le plus cette oppi-
nion, c'est la reiîemblance qu'il y a
des anciens caractères Chinois avec les
Hyeroglifiques dont nous parlons; s'il
est ainsi, il faut advouèr que les pre-
miers Chinois ont fait leurs caractè-
res de toutes les choses du monde, &
qu'ils sè sont servis de tout, comme on
le voit par leurs chroniques & par la
forme & la figure de leurs lettres :
car ils les formoient de mesme que
les Egiptiens , represantant tantost
des animaux maintenant des volati-
les , après des reptiles , des poissons,
& enfin après tout cela ils fe ser-
voient des herbes, des ramaux d'ar-

K 1 r c h e r e. 303
bres, des cordes , des points, des cer-
cles , & de pîusieurs autres choses qui
formoient neantmoins ces meimes ca-
ractères d'une autre façon que ceux des
Chinois d'aprefônt, lesquels pour estre
devenus plus doctes & plus habilles
par l'expérience des choses, ont chan-
gé le tout, & ont mis cette confusîon
d'animaux, & de plantes dans une
certaine resTemblence par les points
qu'ils y ont mis, lesquels rendent cette
ancienne méthode plus facile & plus
courte qu'elle n'estoit meantmoins avec J^S?
tout cela il faut advoùer que le nom- J^^8
bre de leurs caractères est si grand,
qu'aucun ne peut paner pour docte
s'il n'enconnoit 80000 pour le moins,
en quoy vous jugés bien que celuy-la
sera plus docte, qui en sçaura davan-
tage. L'on polTedera neantmoins par*
faittement cette langue, si on en con-
noit 10000. Enfin les Chinois n'ont
point de lettres disposees en façon
d'Alphabet comme nous, ny de mots f^*^*
composés de lettres &desyllabes:mais gnifieua
chacun de leurs caractères est un mot, mot'
desorte qu'ils ont besoin de tout autant
de ces caractères qu'ils veulent exprimer
de conceptions & de pensées ; que si
quelqu'un vouloit changer tout le ca-
lepin en leur langue, il faudroit qu'il so
servit d'autant de caractères différents
qu'il y auroit de mots. Aussi n'ont-ils
point de declinaisons ny de conjugai-
sons ; pareeque toutes ces choses sont
contenues dans cesmesmes caracteresj
c'est pourquoy il faut estre doué d'u-
ne grande mémoire si l'on veut acqué-
rir quelque réputation de fcience par-
my les Chinois, Ainsi ce n'est pas sans
raison qu'on croit ceux-la sçavans
qui après un long travail, ont enfin a-
pris ces caractères, & il ne faut pas trou-
ver estrange, si on leur donne les plus
grandes dignités de l'Estat, après un
tel estude ; puisqu'il faut tant pren-
dre de peine pour avoir cette connoiP
sànce.
Cha p.
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