Laborde, Alexandre Louis Joseph de ; Laborde, Léon Emmanuel Simon Joseph de [Hrsg.]
Voyage de l'Asie mineure — Paris, 1838

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JOURNAL DU VOYAGE

DANS

L ASIE MINEURE,

SERVANT D'EXPLICATION AUX PLANCHES DE L'OUVRAGE.

L'hiver de 1825 s'annonce dans toute sa rigueur, la Seine sert de passage aux voilures. Nous sommes
occupés de nos préparatifs de voyage, et nous les concertons de la manière la plus utile à notre sécurité et
à la science. Au milieu de la neige et grelottant de froid, nous prévoyons tout ce qui peut rendre la cha-
leur du désert tolérable; nous sommes ingénieux à nous prémunir contre des inconvénients et des souf-
frances qu'au milieu de ces intempéries l'imagination seule et les récits des voyageurs rendent admissibles.

Nos préparatifs sont terminés, les chevaux de poste hennissent dans la cour. Je voudrais être plus
triste en quittant tout ce qui m'est cher, mais ce voyage tant désiré s'accomplit enfin.

Un voyage en Italie est la préparation naturelle, obligée, d'un voyage en Orient. Les monuments de la
Grèce et de l'Asie ne peuvent être sainement appréciés que par la comparaison avec ce qu'on possède
dans les musées de Rome et de Naples, avec ce qu'on extrait chaque jour de cette mine inépuisable qui
fut autrefois le réceptacle avide du pillage le plus éhonté, l'atelier fécond de la contrefaçon lapins habile.

La semaine sainte, à Rome, a pour nous une signification plus grande que pour les autres pèlerins :
c'est comme le viatique de notre grand voyage, et comme la préparation à la même solennité qui nous
attend l'année prochaine à Jérusalem. Nous notons nos impressions. A laquelle des deux villes saintes la
comparaison sera-t-elle avantageuse?

Nous arrivons à Naples. Voilà le soleil d'Orient, nous dit-on, ce sont aussi les horizons de la Grèce.
Laissons dire, nous verrons bien.

La mer est infestée de pirates grecs. Un vaisseau de guerre anglais est dans le port; l'amiral qui le
monte va mettre à la voile pour Smyrne. Cette grande protection, qui parle par cent vingt bouches à feu,
nous fait envie, et nous trouvons dans M. Reboul, un compatriote, le plus obligeant des intermédiaires.
Lié d'amitié et de parenté avec l'amiral Neale, il sollicite pour nous un toit hospitalier; cette faveur nous
est accordée : le rendez-vous est dans le port de Gorfou.

Nous avons laissé à Naples le luxe des bagages; nous emportons avec nous le nécessaire, en attendant
que nous soyons obligés de nous contenter de l'indispensable. Ce sont encore des toilettes complètes et
des bibliothèques de choix, des habits du matin et des habits du soir, des livres de croquis et des
albums pour terminer nos dessins. Nous sommes prêts à faire bon marché de toutes ces aises.

Tous les arts du moyen âge, inspirés par tous les arts de l'antiquité, les uns et les autres encore en
présence, font de la Pouilleun musée rempli d'intérêt, mais qui semble fermé, car personne ne vient le
visiter. A Métaponte, on est en présence de l'antiquité dans toute sa pureté, un avant-goût de la Grèce;
des ruines et un désert sont bien placés sur la route de l'Orient. Ce temple est-il connu? A en juger
par la sauvagerie du lieu, l'incommodité du gite et letonnement de quelques patres, seuls habitants
qu'on rencontre ici, il y a lieu de croire à une découverte. Nous examinons avec plus de soin, nous
dessinons et mesurons avec plus d'ardeur, et puis, quand vient le soir, harassés de fatigue, nous
couchons à la belle étoile, bien belle vraiment dans ce ciel argenté.

Le paquebot est dans le port d'Otraute, il altend du vent pour enfler ses voiles. Dans cet heureux pays,
le temps d'un voyageur n'est jamais perdu; nous employons le nôtre à dessiner avec soin la grande
mosaïque qui forme le pavé de la cathédrale. Enfin on s'embarque; mais, comme le bâtiment, venu de
Grèce, est censé pestiféré, les hommes de la quarantaine s'emparent de nous, nous leur appartenons.
Sur la pente insensibledes climats, l'Orient marque ici son empire; la peste est son mot d'ordre, la quaran-
taine sa consigne. Insupportable au retour, le lazaret forme, au départ, comme le grave représentant de
la civilisation de l'Europe, de sa protection, de ses sauvegardes. Cette barrière s'élève tout à coup à
nos yeux, entre l'Europe et l'Asie, comme la véritable frontière entre ces deux vieux mondes. Mais la

PARIS,

DEC BM BUE 1825.

ROME,

janv. fév. mars 18:21;

NAPLES,

AVRIL I82C.

LA FOUILLE.
MAI 1826.

EOUGIA,

BARLETTA,

MOTOLA,

MÉTAPONTE.

OTKANTK.
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