Laborde, Alexandre Louis Joseph de ; Laborde, Léon Emmanuel Simon Joseph de [Editor]
Voyage de l'Asie mineure — Paris, 1838

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brise est favorable, il n'en faut pas pins pourchasser notre frêle esquif, et nos regrets, qui ne pèsent

pas davantage.

corfou, Ce vent propice, comme une main amie et puissante, nous transporte à Corfou en seize heures.

admirable traversée! Corfou, un jardin riant derrière un rocher aride. Des Grées qui ont perdu leur

caractère national, gardés par des Anglais qui conservent toute leur originalité.

a Lord du Tautean Le eommcrce ne s'aventure plus en nier; il attend qu'un vaisseau de guerre lui assure protection contre

amiral, . . . •111*1/

lit juin. les pirates, et ces voyages en convoi, sortes de caravanes aquatiques, sont péniblement lents et désagréa-

blement dangereux. L'amiral Neale nous a évité celte fastidieuse traversée, que les ballots eux-mêmes sem-
blent faire a contre coeur; il la remplace par la vie de château qu'on mène à bord de sa noble hospitalité.
Au roulemenl de tambour, nous nous mettons à table. Vingt-deux convives se trouvent à l'aise dans la

PARGA,

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salle à manger du vaisseau le Revenge. Madame lleboul s'asseoit à côté de l'amiral; sa nièce, lady Baroil,
nouvellement mariée au capitaine du vaisseau, se place à sa gauche, et en face de lui lady INeale. La table est
servie comme elle pourrait l'être à Londres; il n'y manque ni le roastbecf, ni le porto, ni le claret. L'of-
ficier de quart vient annoncer que nous passons à la hauteur et en vue de Parga. On quitte la table
pour voiries ruines de cette cilé malheureuse. Elle est assise surle penchant des montagnes, les murailles
crénelées de son fort la dominent encore. Nous nous remettons à table, pour pleurer sur le sort de
Parga, autant qu'il est permis de pleurera labié. Une musique militaire, recrutée à Naples, apporte
quelques distractions à la tournure triste de nos pensées. La soirée s'est passée sur le tillac transformé
en un vaste salon, dont le plafond étoile n'a jamais eu son pareil dans le palais des rois. Le thé est
servi par lady INeale; c'est la part de l'Angleterre : il ne faut pas moins de trois vaches nourries à bord
pour garantir le maintien de celte habitude nationale. M. Reboul a chaulé avec talent quelques romances,
en s accompagnant sur la guitare; c'est la part de la France, part légère, gracieuse, souriante, genre de
mérite que nos rivaux nous accordent, pour pouvoir mieux nous refuser tous les autres.

zante. Le vaisseau amiral jette l'ancre dans ce port, et pendant deux jours, montés sur les chevaux

fringants du pays, nous parcourons en tous sens ce jardin flottant sur la mer, frais bouquet dans une
onde pure. Ainsi nous voyons la Grèce, mollement bercés dans ce beau navire, les yeux charmés par
cette nature coquette jusque dans sa sévérité, les oreilles doucement caressées par tous ces grands noms,
échos retentissants de grands souvenirs : Égine, Athènes, le capSunium, les nobles ruines, et, comme
protégé par elles, l'héroïsme d'un autre âge.

Hvi.RA. La Grèce palpite encore; haletante, épuisée, elle attend courageusement le coup de mort qu'Ibrahim-

Pacha menace de lui porter. Miaulis et Canaris viennent à notre bord; l'amiral anglais leur annonce
l'arrivée prochaine de la flotte égyptienne; il leur dit le nombre des vaisseaux, la force des troupes de
mer et de terre, puis il leur demande ce qu'ils comptent faire. Miaulis se tourne vers Canaris, ils échan-
gent un regard, puis il répond sans affectation : mourir. Le lendemain nous étions dans le camp des
Français; on nous indiqua l'hôtel de l'état-major, une masure. Le colonel Favier, assis sur un sac de
biscuit de mer, tenait conseil au milieu de vingt officiers rongés par les fièvres. Le canon des armées
les plus formidables n'est rien à côté d'un adversaire qui déroule les plus habiles, qui abat les plus forts.
Cet adversaire s'appelle la misère. Toute cette guerre de l'indépendance, toute la gloire de ces généreux
soldats, est dans ce triste mot. Nous quittâmes Hydra, comptant sur l'héroïsme de ses défenseurs, mais
convaincus aussi que cette lutte inégale ne pouvait se prolonger sous les yeux de l'Europe chrétienne et
du monde civilisé.

FOUL1ERY (Planche II (i), 3).

Vue de Foulierj dans le golfe de Smjme.

(Dessinée par M. T.ehoux.)

La nature, avec tous ses trésors de végétation, et les hommes, avec les trésors de leur industrie,
animent à l'envi ce profond golfe qui doit son nom à l'antique ville de Smyrne. Les arbres descendent
du haut des montagnes jusqu'au bord de la mer, et, par contre, les vaisseaux de commerce viennent jusqu'à
la côte décharger leurs riches cargaisons. Ici, s'offre à notre vue la petite ville fortifiée de Fouliery,
assise au pied rie riants coteaux, sur la rive droite du Gedis-Tehaï, l'antique Hermus.

(i) L'ordre adopté pour le classement des planches est celui de la narration ou du journal de voyage; par exception , la planche I, cpii représente
mon père et moi dans nos costumes de voyage, a été placée en lêle du volume, bien que je ne parle de ces costumes que plus loin, en décrivant notre
séjour à Conslautinople et notre voyage en Ca rama nie. La table des planches, dans l'ordre de placement, et la table par ordre alphabétique de noms
de lieux, faciliteront les recherches.
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