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LE TOMBEAU DE SETI l" 9

non seulement en elles-mêmes, mais encore dans les contrastes dont
elles fournissent l'occasion. Il faut avoir laissé derrière soi, subitement,
d'abord la civilisation européenne représentée par l'hôtel ou la daha-
bieh, puis le Nil, puis la végétation, puis l'homme, puis l'animal, puis
le soleil lui-même ; et, quand on a ainsi perdu de vue toutes les formes
de la vie, pour découvrir, au fond des tombeaux les plus gigantesques
et les plus travaillés qu'il y ait, l'inanité du tombeau lui-même, le
choc des oppositions entrevues dans ce brusque voyage au pays du
néant laisse à l'esprit, plongé et retiré vif, si l'on peut dire, un saisis-
sement dont il jouit d'autant mieux qu'il l'analyse moins : l'étonnement
n'est-il pas une des formes du plaisir ?

Ce résultat obtenu, il ne reste plus qu'à partir. C'est avec une joie
véritable qu'on retrouve alors ce qu'on avait quitté, tout cet entourage
sympathique dont le souvenir reparaît lorsqu'on découvre, à mi-côte et
au soir tombant, du rocher que certains Arabes appellent la Maison
des aigles, une longue ligne de verdure déjà pâlie sous le ciel rose,
où se devinent le Nil, Louqsor, et le chez-soi relatif du voyageur.
 
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