La Lune — 2.1866

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LA LUNE

CAUSONS UN PEU DE LA LIBERTÉ

Pardon de la liberté grande, mais je veux avoir le courage
de mon opinion personnelle, comme M. Guéroult (Adolphe)
a le courage de son opinion nationale.

Pourriez-vous m'apprendre quelle différence existe au-
jourd'hui entre les journaux qui se disent grands et ceux qui
s'intitulent petits?

Je lis tous les soirs la Liberté de M. Emile de (Jirardin, et
lous les soirs je reste plongé dans une stupéfaction qui ne
dure pus moins d'un quart d'heure, — le temps de digérer
ce que je viens d'avaler.

— Voyons, me dis-je, je me suis probablement trompé.
Au lieu d'acheter'la Liberté, j'aurai probablement pris le
Tintamarre ou le Hanneton !

Et je reconsulte le titre du journal :

— Non, je n'ai nullement erré : c'est bien la Liberté...

C'est que la liberté n'est pas une comtesse
Du noble faubourg Saint-Germain!...

La Liberté cultive aujourd'hui le calembour par à peu
près; elle trousse l'anecdote rùgolo; elle manie la chanson de
goguette.

C'est une véritable révolution.

Ainsi ne désespérons pas de lire un de ces jours dans la
feuille de la rue d'Aboukir :

On nous cite un joli mot de Henri IV, le seul roi dont le peuple
ait gardé la mémoire.

Un soir, après souper, il dit aux courtisans qui l'entouraient :

— J'ai un cheveu dans mon existence.

— Lequel, Sire ?

— Je ne serai heureux que quand le dernier de mes sujets
pourra mettre la poule au pot le dimanche.

Uu bien cette histoire d'hier :

On nous rapporte qu'un original du nom de Diogène. qui vi-
vait en Grèce, il y a quelque temps de cela, l'ut rencontré un
jour en plein midi, parcourant les halles centrales d'Athènes avec
une lanterne allumée à la main.

Pourquoi cette lanterne '? lui demanda un sergent de ville.

— Je cherche un homme, répondit Diogènc.

EL comme quand on prend du galon, on n'en saurait trop
prendre, lu Liberté ira plus loin encore :

Ou se chuchotait hier, dans un salon du faubourg Snint-
IKuioré, un charmant calembour île notre père Adam.

Après avoir mangé la pomme, à l'instigation d'Eve, il s'écria,
l'aisanL allusion à la coquetterie et à la duplicité de sa femme :

— Eve vaine ment !

Nos spirituels confrères de l'KcéiietiuuU se doutaient-ils quu !>•
nom de leur journal avait été prononcé pour la première l'ois
dans le paradis terrestre.

Seulement, la Liberté n'est pas encore précisément à la
hauteur du nouveau genre qu'elle a embrassé.
Ainsi je lis dans son numéro du 12 :

Hier soir, en prenant le thé chez Mme de F..., on parlait donc
[lolitique, et je dois dire que nul ne songeait à glorifier M. de
Bismark, si ce n'est une ravissante Prussienne, qui vous a des
cheveux blonds comme ceux des anges, et des yeux à damner
lous les saints du paradis, même ceux du paradis de Mahomet.

— Mon cousin de Bismark, disait-elle d'un ton de reine, a juré
d'éterniser l'Allemagne.

— Comtesse, repartit son voisin, je crois, plutôt qu'il veut la

metkrniser.
Ce fut le mot de la soirée.

Eh bien, on fait de jolis mots chez Mme de F...!
Et cette autre plaisanterie de la môme pâle, toujours ex-
traite de la Liberté :

— Ksl-ril vrai, demandait un aimable vaudevilliste, que M. de
Bismark ait lancé les Prussiens sur la Saxe?

— On le dit à la Bourse, répondis-je.

— Voyez-vous, mon cher ami, nie dit-il, c'est pour ça qu'on
aura voulu \ assaxiner!...

Uh ! là, là !

Encore un échantillon :

Les journaux prussiens annoncent que le comte de Bismark
n'a été blessé que légèrement «dans le département du bas rein».
(Sic.)

Inouï ! inouï !

Et puis la Liberté refait sur Gapoul, le ténor de l'Opéra-
Comique, le vieux calembour des délices de Capoul ; elle
appelle l'Odéon le Thédti e-Chilien, parce que M. Chili y vient
d'en être nommé directeur ; elle engage un rédacteur du
Soleil, qui se nomme E. B., d'ajouter une lettre à son nom,
et de signer dorénavant E. H. T.

J'en passe, et des plus exécrables.

Si c'était tout encore!

Mais non, dans son ardeur A'anecdottser, la Liberté se met
ii retaper tous les anas du siècle demi ci'.

Quand elle en aura fini avec cette époque, elle se mettra
probablement à remonter le cours des âges.

C'est gâteux, n'est-ce pas ?

Eh bien, pour peu que cela continue, on en viendra là,
ou tout au moins dans les environs.

J'engage donc ces messieurs de la rue d'Aboukir à enrayer
immédiatement, car on ne sait vraiment point où tout cela
finirait par aboukir. — Bon, voilà que je parle leur langue !

Allons, cher monsieur de Fonvielle, plus de ces calembre-
daines qui se font vieilles! — Ce que c'est que le mauvais
exemple !

Reprenez votre sérieux, et qu'on ne puisse pas dire un
jour : ,

— U Liberté ! que de bévues on commet en ton nom !

Nox.

Si l'humanité dégénère, c'est que les maladies les plus impré-
vues accablent les habitants de notre pauvre inonde subsolaire.

Toutes les botes sont malades : comment voulez-vous que la
force physique ne décroisse pas chaque jour?

Les cochons ont des inquiétudes dans les intestins, chacun sait
ça. Ils engendrent de petits vers que les éditeurs ne publient
jamais à leur frais Cette maladie a pris même de telles propor-
tions qu'on a été obligé d'établir un cordon sanitaire. Malgré ces
précautions, quelques journaux en sont infectés.

Nous en étions là, lorsqu'un matin Mlle Sarah Félix , se pro-
menant sur le bord de son parc à huîtres, s'aperçut que quel-
ques-unes de ses administrées étaient ent'rouvertes cl blan-
châtres.

— Que veut dire cela ? s'écria la célèbre ostréicultrice, — que
voulez-vous, le mot eut français si l'on en croit M. Coste — il faut,
continua-t-elle, il faut qu'une huître soit ou verte ou fermée.

Elle consulta un savant. Les huîtres furent convaincues d'avoir
des lièvres intermittentes.

Une horrible frayeur s'empara des gandin».

La pieuvre était toute lière de cet état de choses et riait dans
ses tentacules, lorsque l'on apprit une nouvelle capable de faire
frissonner tout le quartier Bréda.

\j'Eijyptc, journal français du Caire, apporte une ordonnance
du vice-roi qui interdisait aux habitants des côtes de manger des
poulpes.

Cet intéressant animal contient momentanément des vers très-
dangereux.
La pieuvre a la trichinose.

Voilà un mystère de l'Egypte que Mme Olympe Audouard ne
ne nous avait pas encore dévoilé.

Mais chut! si Mme Olympe allait nous demander cinquante
mille francs de dommages-intérêts! Elle les obtiendrait peut-
être... du tribunal.

Mais si les gandins et les pieuvres sont malades, que va deve-
nir la galanterie française?
J'en frémis.

Sans compter que l'Angleterre est affligée par le typhus des
bètes à cornes. Cette maladie, singulièrement développée par le
mariage, n'a pas encore pénétré chez nous.

Ils ne meurent pas tous, mais tous sont atteints.

Les bœufs avaient commencé la danse (une gigue !). Voici que
les moutons s'y mettent.

PKIMIO DE LA LU IN 10

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en mandat ou timbres-puste, à M. Daniel Lévy, di-
recteur du journal, 5, Cite Bergère, ù Paris.

L» Lune publiera prochainement :

I.i* Vente «le M. Claude, par Bl NA8SJT.

Le» Timide», par Carlo Gwpp.

Les Pieuvre» purlwieiiiies», par \ ai.lu.

Le Salon pour rire (saite), par GlLL.

Mu première Jeunesse (suite), par Gedi-.on.

LES PAUVRES BÊTES

M. Joseph Prudhonime est convaincu que la force physique de
l'humanité navigue sur le Sahara de la décadence.

Il nie le disait encore hier. Certes, M. Prudhomuic qui s'écriait
jadis: «Vive l'ordre des choses et son-auguste famille, » ne peut,
sans parti pris, être considéré comme un alarmiste.

Il faut donc que cela soit. Mais recherchons les causes.

Hélas ! il ne faut pas aller bien loin pour les découvrir.

Oh ! la France n'est pas épargnée, allez.

On annonce que les volatiles sont souffrants. Pauvres cocottes!

Même, le département des Landes a eu l'honneur de voir sévir
dans son sein le choléra des oies.

Et le préfet de la Gironde, plein de sollicitude pour ses admi-
nistrés, a publié un arrêté pour interdire l'entrée des oies sur le
territoire de son département.

— Avant tout, s'est-il dit, sauvons Picot (de Bordeaux) sans,
compter les autres que je vois d'ici.

— Té! va s'écrier Lagrell, et moi je ne mérite doue pas le
moindre intérêt?

D'autre part, il est certain que les macaques de Bornéo sont
atteints d'un mal étrange qui délie la faculté de Sumatra.
Itécapitulons :

Les cochons (sauf vot'respect),

Les huîtres (ce n'est pas pour vous, madame, que je dis ça),
Les pieuvres (oh ! celles-là!),

Les bètes à cornes (le chiffre des mariages diminue en Angle-
terre),
Les oies,
Les singes.
Pauvre humanité !...

On affirme qu'un mal terrible..... mais il s'agit des académi-
ciens, et nous devons nous taire par respect, non pas pour leur
talent, mais pour leur grand âge.

Et remarquez qu'on ne sait pas si les requins, les caïmans et
les serpents à sonnettes sont réellement bien portants.

M A

l'KEMJEKE JEUNESSE

(Suite )

PAR GE0EON

Mal-, pour le billard
paire île manches.

ce l'ut nue autre

Rentré au bahut, j'enfourchai volontiers
Pégase, ce qui nie procura...

Dcn nuits d'insomnie.

Iile

I

•Mai* aussi parluis des son.ues bien .igréa
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: Ma première jeunesse (suite) par Gédéon
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Erwachsenwerden  i
Frankreich  i
Schlafstörung  i
Junger Mann <Motiv>  i
Nachtkleidung  i
Billard  i
Karikatur  i
Spiel  i
Satirische Zeitschrift  i
Schlaf <Motiv>  i
Bett <Motiv>  i
Beschreibung: Bildunterschrift: "Mais pour le billard ce fut une autre paire de manches." "Rentré au bahut, j'enfourchai volontiers Pégase, ce qui me procura..." "Des nuits d'insomnie," "Mais aussi parfois des songes bien agréables." Signatur: "G."
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 11, S. 11_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
Bild-ID HeidIcon: 204103
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