La Lune — 2.1866

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LA LUNE

LE ROMAN COMIQUE

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Enfoncé le choléra! C'est la Contagion qui fait aujourd'hui
son tour de France, colportée par les artistes de l'Odéon.

L'idée de cette excursion dramatique appartient à
M. Emile Augier (de l'Académie française).

Inspiré par Scarron, sans doute, cet auteur a voulu réédi-
ter en plein dix-neuvième siècle — dit des lumières — le
Roman comique.

— Aimes-tu l'art, Got? demanda-t-il un jour au principal
interprète de sa pièce.

— Oui.

— Eh bien, cher ami, va te promener en province avec la
Contagion.

Et la Contagion a pris le chemin de fer, bras dessus bras
dessous, avec ledit Got, Berton, Porel, Rey, Clerh, Mmes
Doche, Leprévost, Petit, Jeanne Andrée, Savary, — ou ça
ne varie pas.

Franchement, je n'ai aucun compliment à adresser sur ce
chapitre à M. Emile Augier (de l'Académie française).
Tout cela,

Quoi qu'en dise Sarcey et sa docte cabale,

tout cela ressemble furieusement à du cabotinage.

M. Jenneval, qui voyage avec une troupe, de Fouilly-les-
Oies à Trépigny-les-Chaussons, n'agit pas autrement.

Du reste, ces messieurs et ces dames de l'Odéon ont déjà
commencé à recueillir les fruits acidulés de cette odyssée
anormale, de cet exode de bâtons de chaises.

Lundi dernier, à Rouen, la patrie des sucres de pomme
et de Pierre Corneille, on s'est aperçu, au moment du lever
du rideau, de l'absence de la malle de Aime Doche.

En pareille occurrence, M. Jenneval aurait dit à une de ses
pensionnaires :

— Tu joueras quand même; emprunte une robe à la por-
tière du théâtre.

Mais on a d'autres habitudes à l'Odéon.
Et puis, quoique dans la Seine-Inférieure, Rouen possède
une scène supérieure.

La salle était comble, la recette splendide.
Que faire ?

— Je ne puis pourtant pas me montrer toute nue, s'écria
Mme Doche.

— Certes, non, repartit Got. Eh bien, ce serait du joli !
On va faire une annonce au public.

Et l'un des acteurs ambulants vint esquisser devant le
trou du souffleur les trois saluts traditionnels :

— Messieurs et mesdames, vous vous êtes dérangés pour
venir nous voir ; mais...

A cet instant, un autre odéonien fit son apparition.

— La malle est retrouvée, dit-il à son camarade.

— Chut ! chut ! murmuraient les Rouennais, c'est la pièce
qui commence.

— Considérez alors ce que je viens de vous débiter comme
nul et non avenu, poursuivit l'orateur...

— Quelle drôle de comédie!

— La malle est retrouvée...

— La malle! quelle malle?

— La malle de Mme Doche.

— Ah ! c'est l'intrigue qui se noue. Ces satanés auteurs
ont aujourd'hui de singulières façons d'entrer en matière...
Bon! voilà le rideau qui se baisse! Est-ce que le premier
acte est déjà fini?

Alors, dans la salle, les Rouennais, comme de véritables
fils de Corneille qui abattent des noix, commencèrent à imi-
ter le cri de tous les animaux connus, du serin au lion, du
coq à l'âne.

Avez-vous remarqué que quand un public se lâche, il se
met immédiatement à faire la bête!

Cependant, la toile se relevant, une bordée de chut imposa
silence aux sucriers de pomme les plus amers dans leurs
protestations.

L'odéonien de tout à l'heure préludait à de nouveaux
saluts :

— Messieurs et mesdames, nous croyions la malle re-
trouvée...

— Encore la malle!

— Mais il n'en est rien.

— Ah! ça, ce n'est pas la Contagion qu'ils jouent là, ce
sont les Saltimbanques!

— Ce qu'est devenue cette malle, nous l'ignorons...

— Assez, assez de malle comme ça!

Soyez persuadés, toutefois, que nous adresserons nos
plaintes à la Compagnie de l'Ouest. En attendant, passez au
bureau, on vous rendra votre argent.

Quelques instants après, on se racontait dans les ménages
de Rouen l'intrigue de la Contagion :

1er acte. — Une dame du nom de Doche perd sa malle.
Un monsieur vient l'annoncer. Un autre dément le fait. La
toile tombe.

deuxième acte. — La malle est bien égarée. Protestation
contre le monopole des chemins de fer.

Les trois autres actes ne sont sur l'affiche que pour mé-
moire.

Il faut avouer que les Parisiens, qui ont applaudi une
œuvre aussi dénuée d'intérêt, peuvent être considérés comme
des rudes idiots.

Plaisanterie à part, cela ne serre-il pas le cœur de voir des
artistes sérieux s'exposer à devenir les victimes de ces
désagréables incidents.

Et notez que ce n'est que le prélude de tous ceux qui les
attendent.

En vérité, en vérité, vous en verrez bien d'autres, pour
peu que ce cabotinage en grand se poursuive de ville en
ville.

Je suis de l'avis de M. de Pongerville, qui disait hier, dans
un salon du faubourg Saint-Germain:
— Cela ira de malle en pis !

Puisse M. Emile Augier (de l'Académie française) méditer
comme il mérite de l'être ce calembour de son honorable
collègue !

Quant à défunt Bilboquet,

Du haut du ciel, su demeure dernière,
Ce saltimbanque it lieu d'être content!

Nox.

Deux personnes se disputent, paraît-il, le titre d'un jour-
nal qui serait intitulé l'Actualité. La plaisanterie est char-
mante ! Ce titre nous appartient par droit de priorité, puis-

que nous l'avons déposé avant tout autre au ministère, et
que nous comptons parfaitement nous en servir.

La Lune.

CAUSONS UN PEU

No» lecteurs ne m plaindront pus de ce que nous les entrete-
nons souvent de noa petites affaires. A d'autres nous laissons la
respectable manie de chanter sur tons les tons de la gamme :
« Nous avons fait telle chose, nous faisons ceci, nous ferons cela, »
questions de boutique qui intéressent généralement fort peu le
public.

11 est bon, cependant, de se mettre parfois en rapport avec ses
clients et d'essayer de faire ressortir tout ce qu'on tente pour ré-
pondre à leurs justes exigences. Ainsi aujourd'hui, avant tous
nos confrères les plus illustres et les plus illustrés, nous don-
nons une série de dessins sur Cendrillon, féerie jouée lundi der-
nier dans cette grande malle qui a nom le théâtre du Châtelet.

Nous n'avons pas perdu de temps, et nous n'avons rien épargné
pour arriver les premiers au but. M. Hostein n'ayant pas dai-
gné répondre à la demande d'une modeste place pour notre des-
sinateur, il nous a fallu, au dernier moment, couriràla recherche
de deux fauteuils d'orchestre et les enlever à prix d'or, vu la
rareté de ces sièges, le soir de la représentation.

Nous tenons certes fort peu aux politesses de M. Hostein ou de
ses salariés; mais il nous permettra de lui faire remarquer qu'en
cette circonstance il a évidemment agi contre ses intérêts. Si
pour sacrifier à l'actualité, dont nous sommes friands, nous n'a-
vions pas tenu quand même à voir Cendrillon et à pâtir sept heu-
res durant aux calembredaines de M. Glairville, l'aimable direc-
teur du Châtelet y perdait une réclame illustrée, tirée à quinze
mille exemplaires, — chiffre officiel, s'il vous plaît.

Passons.

Nos lecteurs voient que nous ne reculons devant rien pour les
satisfaire. Nous voulons que, dans nos mains, la Lune devienne
un journal à étonnements, et que chaque numéro apporte une
surprise nouvelle à l'acheteur ou à l'abonné.

Nous avons déjà beaucoup donné ; nous donnerons encore plus.

Par exemple, nous avons découvert une mine de charmants ar-
ticles, signés des grands noms de la littérature moderne, articles
inconnus, petits chefs-d'œuvre oubliés. Eh bien, nous les exhu-
merons à la joie de tous ceux qui aiment lire en France.

Autre chanson : Les romans à fracas sont à la mode. Nous au-
rons aussi le nôtre, — tout en dessins, et quels dessins! — Ce
sera à faire pâlir les plus terribles rocamboles de Ponson du
Terrail et autres Zaccone.

Mais li'nons-nous-en là, pour imiter l'auteur dont parle Boileau :

Sa musc en commençant ne met pus tout en feu,
El pour donner beaucoup ne nous promet que peu.

La Lune.

LES MALADROITS

Pouf... fsinn... patatra...

— Bon, s'écrie la dame qui se lève et regarde son mari avec un
haussement d'épaules plus éloquent qu'une catilinaire, je parie
que c'est encore votre ami Landerneau qui a commis quelque
maladresse.

— Ce diable de Landerneau fait le monsieur avec une grimace;
en effet, il a la main malheureuse; mais que veux-tu, ma bonne?
c'est un si excellent ami, et nous lui avons tant d'obligations !

— Ce n'est pas une raison pour qu'il casse notre porcelaine
chaque fois qu'il vient dîner. Si vous croyez que je...

— Chut ! le voici.

La porte s'ouvre. On aperçoit sur le plancher du vestibule,
qui sert de salle à manger et où le couvert est mis, un amas d'as-
siettes brisées dont la servante ramasse en maugréant les mor-
ceaux. Landerneau fait son entrée. Tremblant, rouge, effaré,
confus, ne sachant où mettre son chapeau, où poser ses yeux,
comment tenir sa canne, que faire de ses mains, il s'avance, de
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: Ma première jeunesse (suite) par Gédéon
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Biarritz  i
Trouville  i
Winter <Motiv>  i
Pferd <Motiv>  i
Schlittschuh  i
Schirm  i
Kutsche <Motiv>  i
Frankreich  i
Pyrenäen  i
Junger Mann <Motiv>  i
Eislauf  i
Karikatur  i
Reiten <Motiv>  i
Satirische Zeitschrift  i
Reiter <Motiv>  i
Sommer  i
Beschreibung: Bildunterschrift: "On me voyait à toutes les courses." "L'été, j'étais à Trouville, Boulogne, Biarritz." "L'hiver, je déployais mes grâces au cercle des patineurs." "Un ascension que je fis dans les Pyrénées me dégoûta des voyages." "Sans m'enlever toutefois ma passion pour le cheval et la voiture." Signatur: "G."
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Kommentar: Siehe auch: http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/lune1866/0058
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 14, S. 14_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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