La Lune — 2.1866

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LA LUNE

LA FÊTE DU 15 AOUT

COMPTE RENDU ANTICIPÉ

La France se réveille ivre de joie.

Fera-t-il beau temps? pleuvra-t-il? Qu'importes!

A six heures du malin, Paris est déjà debout.

On s'habille au tonnerre des coups de canon traditionnels,
tirés de l'esplanade des Invalides.

Le Constitutionnel ne paraissant pas ce jour-là, Boni l'ace
commence sa tournée à travers les divertissements qui, du-
rant dix-huit heures, doivent esblouir les populations.

Suivons Boniface, voulez-vous ?

Nous le lâcherons en route, si cela nous fait plaisir.

Boniface se dirige vers la rue le Peletier.

A l'heure où Ponson du Terrail, qui attend la croix depuis
quatre ans, et qui n'a jamais vu venir que Lacroix Ver-
bœckhoven et Ce, proposant d'éditer ses romans; à l'heure où
Ponson du Terrail, dis-je, s'arrache des bras de Morphée,
cinq ou six cents représentants de la tribu des Beni-Mouffe-
tard3 font déjà queue à la porte de l'Opéra.

Pour charmer les ennuis de l'attente, ils échangent des
mots gracieux, tout en grignotant des rondelles de cervelas
à l'ail.

Ce qui leur faut à eux, c'est du saucisson et des spectacles,
— saucissonum et circenses, — comme disaient les Romanis.

Même queue à tous les autres théâtres.
Emile Blondet fait un mot :

_ Le peuple, dit-il, ne comprendra jamais la règle des
queues retranchées.

Malheureusement, cette année, on ne joue pas les Deux
Sœurs au Vaudeville.

Nous n'aurons pas le coup de sifflet de Francisque Sarcey,
une des plus délirantes joyeusetés du 15 août dernier.

Attention !

Les portes de tous les théâtres de Paris s'ouvrent pour les
représentations gratuites.
Turba mit ou ruunt.
On joue les pièces en vogue.
Quel enthousiasme!
Au tour des cantates.
C'est toujours la môme chose.

Un monsieur — à moins que ce ne soit une dame — enve-
loppé d'un drapeau frrrançais, chante quelque chose de très-
bruyant.

Les vers n'ont généralement que huit pieds, mais cela
leur suffît pour marcher.

Du reste, on ne saisit généralement que le dernier mot de
chaque période.

Ta, ta, ta, ta, ta, ta, ta, gloire,

Tum, tum, tum, tum, tum, tum, victoire,

La, la, la, la, la, la, lauriers,

Zon, zon, zon, zon, zon, zon, guerriers,

Tim, tim, tim, tim, tira, tim, frontière,
Roii, ron, ron, ron, ron, ron, altiere,
Tra, tra, tra, tra, tra, tra, succès,
Pi, pi, pi, pi, pi, pi, Français!

Cela fait très-bien avec de la grosse caisse et des cymbales.

Grande foule sur les boulevards.

Des musiciens sortis on ne se sait d'où exécutent on ne
sait quoi, qui sur des orgues, qui sur des accordéons, qui
sur des violons, qui sur des clarinettes, qui sur des trom-
bones impossibles.

,M. de la Reynie n'a pas si bien détruit la cour des Mira-
cle-, qu'il n'en reste encore des vestiges de nos jours.

Dans les cafés littéraires on échange invariablement ce
dialogue :

— As-tu lu le Moniteur?

— Oui.

— Eh bien, Ponson l'est-il?

Une famille de PonWhMousson demande à Philippe, le
garçon du café de Suède, de lui montrer les grands person-
nages du journalisme contemporain.

Notre ami Victor Koning salue.

Mais c'est l'heure des mâts de cocagne.

Je me suis laissé dire que les gros bonnets des journaux

en concurrence ont résolu de lutter cette année jusque sur
Ce terrain glissant.

Boniface a la bonté de m.'apprendre que, depuis huit jours
et huit nuits, Limayrac ne cesse de s'oindre d'huile d'olive,
pour se donner des forces.

A l'heure présente, il est si complètement mariné, qu'on
pourrait en faire une salade.

La foule, sans nul doute, sera immense-autour de l'arène.

On annonce qu'avant d'étreindre de leurs bras nerveux
les mâts de cocagne, les divers concurrents se livreront à
des boniments bien sentis en faveur des feuilles qu'ils re
présentent.

— Suivez mon Etendard! criera Vitu : ce n'est pas un
Etendard sans glands, puisque je vous donne des rideaux en
prime !

— Qu'on s'empresse de demander la Presse, qui sort de
sous presse, clamera Mirés : Cucheval for everl

— Vive la Liberté! dira Girardin.

— Sol lucet omnibus, hurlera Millaud.
Etc., etc., etc.

-Un autre mot d'Emile Blondet :
Les journalistes ne font plus d'articles aujourd'hui
font l'article.

ils

L'heure du dîner a sonné à l'hôtel Espagnol du boulevard
Montmartre.

Les Parisiens ne savent, où donner de la bouche.

Tous leurs restaurants sont envahis par la foule des pro-
vinciaux et des étrangers.

Impossible, nulle part, de se faire servir quoi que ce soit.

Chez Peters, un monsieur reçoit une soupe à la tortue sur
la manche de son habit.

— C'est déjà quelque chose, dit-il au garçon.

Et il trempe bravement son pain dans cette sauce du ha-
sard.

On cause des événements de la journée.

Le bruit court, sous toutes réserves, que la Patrie a gagné
un canard au mât de cocagne, et que la timbale est échue à
Timothée Trimm.

Nous ne nous portons nullement garant de l'exactitude
de ces faits.

Quant à Limayrac, qui n'a remporté qu'une veste, on le
rencontre sur les boulevards, bras dessus bras dessous avec
un officier ministériel de Bar-le-Duc, depuis trop longtemps
abonné au Constitutionnel.

— Vous êtes heureux, lui dit-il. t

— Comment cela?

— N'êtes-vous pas avoué?

— Oui.

— Moi, je suis désavoué.

— Bah !

— J'y croyais si peu moi-même que j'avais dit à Y Union :
« Prouvez-le moi, et je vous paye 100,000 fr. »

— Poursuivez, vous m'intéressez.

— Eh bien, Y Union a Feuilleté les vieilles collections du
Moniteur, et il m'a mis sous les yeux deux désaveux.

— Alors vous payâtes les 100,000 francs.

— Hélas ! oui. Aussi, à l'heure qu'il est, suis-je limé rac!

!!!!!!!!!

Voici le moment du feu d'artifice.
Que c'est comme un bouquet de fleurs !
Voyez plutôt le dessin de Gill.

Ponson est-il crucifié?
That is the question.

La journée finit par le bal des cocotes chez Dourlans.
Ces dames se sont déguisées en grisettes.
Les gandins consentent, pour cette fois seulement, à leur
faire vis-à-vis.
Quels ébats, messeigneurs, quels ébats !

— O Français de la décadence! s'écrie M. Prudhomme
égaré dans ces parages.

— Ça* des Français de la décadence, riposte Emile Blon-
det en guise de mot de la fin : si vous disiez des Français de
la cadence !

Nox.

Les personnes dont l'abonnement expire le 15 août, sont
priées de le renouveler immédiatement, pour ne pas éprouver
d'interruption dans le service de leur journal.

NOUVELLES AU PETIT DOIGT

Nous recevons la communication suivante

Cher Monsieur

Je lis dans YEtincelle qu'il est possible à tout lecteur de se
rembourser du prix du numéro en bons d'épicerie, do pharmaeie,
de boucherie, de gros vins bleus, etc., etc.

On a oublié,— mais à tort, — la charcuterie littéraire; je

m'empresse de signaler cette grosse erreur.

Ma modestie si connue m'empêche d'adresser directement au
rédacteur en chef de cette feuille électrique, une réclamation
pleine d'à-uropos.

LA PREMIÈRE AFFAIRE DU FUSILIER PILOR, par GÉDÉ0N (Suite).

Le maître d'arme, pour lors, prenant, de ses mains la pointe de nos fleurets les fît loucher
conjointement, et, avec une voix de tonnerre, y dit : « Hallez, messieurs b. j eus un éclair
dans l'œil.

J'aÇâh dit h Mldoui Si tu me touches, dis rn'lo, je no
point ; mais y me dit rien, et me porta un coup terri
parai adroitement.

t'en veux
coup terrihle que je
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: La premiére affaire du fusilier Pilor, par Gédéon (suite)
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Soldat <Motiv>  i
Fechtmeister  i
Frankreich  i
Karikatur  i
Uniform <Motiv>  i
Duell  i
Fechten <Motiv>  i
Satirische Zeitschrift  i
Mann <Motiv>  i
Freundschaft <Motiv>  i
Beschreibung: Bildunterschrift: "Le maître d'arme, pour lors, prenant de ses mains la pointe de nos fleurets, les fit toucher conjointement, et, avec un voix de tonnerre, y dit: 'Hallez, messieurs!' j'eus un éclair." "J'avais dit à Midou: Si tu me touches, dis m'le, je ne t'en veux point; mais y me dit rien, et me porta un coup terrible que je parai adroitement."
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 23, S. 23_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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