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La Lune — 2.1866

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https://doi.org/10.11588/diglit.6785#0166

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2

LA LUlNE

PAUL FÉVAL

Aux antipodes du boulevard des Italiens, — dans ce quar-
tier enfumé comme un Vulcain et bourdonnant comme une
ruche, qui a nom Saint-Maur Popincourt, — un mur blanc
étoile la rue noire : on dirait d'une manche de plâtrier qui a
frôlé une manche de forgeron. #

Derrière le mur, il y a une allée, et, au bout de l'allée,
une pelouse. L'été, l'allée, avec ses zébrures d'ombre ftt de
soleil, ses espaliers de lilas et de jasmin, ses parfums et sa
poudre d'or, est un promenoir adorable. Ce doit être, l'hi-
ver, une sorte de corridor sans plafond et non dépourvu de
gouttières. A dire vrai, je ne m'y hasarderais le matin qu'a-
vec le parapluie de Sardou, — le bon vieux parapluie de sa
jeunesse...

Sur la moquette de la pelouse jouait jadis toute une por-
tée d'enfants dodus, appétissants, roses déplaisir et de santé.
Une belle fille les couvait des yeux, — une servante bre-
tonne, — avec un teint d'api, un corselet ourlé de mil et des
coiffes de toile de Guérande.

Les moulins des Prés-Saint-Gervais sollicitaient ces coif-
lés-là...

Aujourd'hui les enfants sont en pension. Il y en a aux
Oiseaux ou au Sacré-Cœur. Fanchette, la jolie riveraine du
Couesnon, est au salon de Mars. Bonne foi ! seigneur Dieu !
mon doux Jésus I Au salon de Mars à Grenelle, ou au bal
des Délices à la barrière du Trône, il faut tenir cela pour
certain.

Respectons les décrets de l'infanterie française.

De l'autre côté de la pelouse, un pavillon. Ce fut temps de
Louis XV qu'on le bâtit, alors que grands seigneurs et fer-
miers généraux enfouissaient leurs petites maisons dans des
plis de terrain perdus, isolés et solitaires. Le peuple hurlait
aux environs, hâve, affamé et en guenilles. Maintenant, les
marteaux seuls grondent, et, avec eux, le sifflement des ma-
chines et la chanson de l'ouvrier...

Un homme travaille au rez-de-chaussée, dans une vaste
bibliothèque. Le reste du corps de logis était encore — il y
a quelques années — équipé et truqué pour les soupers ga-
lants et les mystérieuses priapées de M. le duc de Breteuil.
Par-ci par-là, il a fallu enlever une glace perfide, écorner
une frise érotique, effacer un trumeau indiscret...

L'homme est carré, trapu, massif : un gars bouté sur
jambes aussi solidement qu'un dolmen ou un menhir dans la
lande de Karnac. Une barbe rousse, drue, épineuse, trans-
forme le b'&s de sa figure en une brosse de chiendent. Le
haut est éclairé par deux lucarnes d'un bleu de faïence, au-
dessus desquelles s'arrondit la coupole luisante d'un front
qui ne s'arrête qu'à la nuque. La lèvre inférieure s'écroule
disgracieusement vers le menton. Pourtant le sourire est fin,
un peu narquois, sympathique. La voix est une voix de cidre;
je ne trouve pas d'expression qui en caractérise mieux la
bonhomie légèrement sûre et la douceur acidulée.

L'homme couvre d'une écriture menue, serrée, rapide,
des feuilles de papier uniformément coupées et placées en
cahier sur son bureau.

Il est à la besogne depuis sept heures du matin. A midi
on l'appellera pour déjeuner. Il rongera un os de gigot et
se recouchera sur son papier.

A la nuit, vous le verrez descendre le boulevard du Tem-

ple et pousser de son pied une pointe jusqu'à la Madeleine...

Il marche droit dans un paletot ample, et sous un cha-
peau à larges ailes. Jadis, lorsqu'il habitait rue de Sèvres,
le magasin de l'éditeur Dentu était le but de son étape; au-
jourd'hui, quand il rencontre un boulevardier, il passe vo-
lontiers avec celui-ci des heures à flâner sur l'asphalte. Sa
figure s'illumine alors d'aise et de bienveillance ; car cet
homme, qui a beaucoup de talent, a aussi beaucoup d'es-
prit; le métier lui pèse par instant, et il ne désire rien tant
du fairi' sa petite ribote dans la presse légère — ce cabaret
où l'on ne met d'eau ni dans son vin ni dans son encre.

Cet homme, c'est le successeur direct de Frédéric Souliéet
d'Eugène Sue.

C'est Paul FévaL.

Star.

ME CIRERAS-TU MES BOTTES?

Aujourd'hui, cher lecteur, nous allons prendre la liberté
de le donner une leçon de haute philosophie.

Oh! ce n'est pas la peine de te récrier et de me dire d'un
ton grincheux :

— Une leçon? mais, rédacteur, je n'en ai bas besoin.

Qui sait? Et d'ailleurs la leçon ne vient pas de moi, chétif.
Elle nous arrive en droite ligne d'un ouvrier mineur dont
l'Angleterre a le droit de s'enorgueillir, et je ne suis ici
qu'un ëimple rapporteur. Ma mission consiste seulement à
t'en faire profiter et à en profiler moi-môme.

Ne te laisse donc pas distraire par les journaux politiques,
et lis, considère, pèse l'histoire suivante :

Dans un comté de la perfide Albion, un ouvrier mineur
ayant résolu de se marier, — ce n'est pas ça qui est un acte
de sagesse, mais on n'est point parfait, même en Angleterre,

— se présenta conjointement et solidairement avec une per-
sonne du sexe devant un révérend, afin que celui-ci con-
sommât leur union.

Et au moment où le pasteur, sans méfiance, — attention !

— lit au futur époux la question d'usage :

— Consentez-vous à prendre pour femme légitime miss
Ketty Knickerbroeker ?

Le mineur, se tournant vers l'objet de ses rêves, lui de-
manda tranquillement :

— Me cireras-tu mes bottes?

Je ne chercherai pas, à peindre la stupéfaction du révé-
rend. 11 crut avoir mal entendu. La fiancée, au contraire,
avait parfaitement compris, mais garda un silence prudent
qui n'a rien de commun avec celui de Conrart.

— Me cireras-tu mes bottes? reprit le futur sur un ton
qui laissait deviner une nuance d'impatience.

Le révérend, qui cette fois no pouvait douter, ferma son
livre et enjoignit aux époux et aux gens de la noce de sortir
sur-le-champ.

Quelques instants après, le mineur ayant annoncé que
toutes les difficultés étaient levées, on se remit dans la posi-
tion solennelle des gens qui ont un yes plus ou moins fatal à
prononcer, et le ministre déclara unis miss Ketty Knicker-
broeker et le mineur.

Nous allons voir, lecteur, si tu comprends l'importance
d'un pareil fait.

D'abord, il est bien évident que cet ouvrier anglais avait
des habitudes de propreté dont nous ne saurions le blâmer,
fussions-nous de Marseille.

Mais c'est là une question secondaire.

Si je l'admire — car il jouit do mon admiration la plus
distinguée — ce n'est point tant parce qu'il avait l'habitude
d'avoir des bottes cirées, ni parce qu'il tenait à ne pas les
cirer lui-même, ce qui est pourtant une preuve d'intelligence,
mais parce que avant de serrer le nœud, il tenait absolument
à être d'accord sur tous les points prévus, avec l'ange qu'il
venait de choisir pour le l'aire enrager le reste de ses jours.

Si tous les maris que je connais avaient pris soin de de-
mander à leurs femmes avant la fin du conjungo : Me cireras-
tu mes bottes? au physique et au moral — il y en aurait
beaucoup plus qui pourraient sortir par les grands vents
sans crainte d'être décornés.

Le cirage des bottes étant le seul point sur lequel l'ouvrier
mineur et miss Keltyjie s'étaient pas mis d'accord, enfhom-
me prati""o et sage, l'époux n'a pas voulu passer outre
sans éclaircir la situation.

Me Jules Favre plaide depuis deux ou trois ans pour un
jeune homme qui réclame sa femme à un beau-père, à une
belle-mère et à toute une famille flanquée d'un prôtre bre-
ton. Il est clair, et M. Jules Favre en conviendra avec moi,
que son client n'a pris aucune mesure de précaution, que
non-seulement il n'a pas demandé à sa lemme si elle lui ci-
rerait ses bottes, mais encore qu'il a laissé une foule d'au-
tres questions — de ménage et de devoirs conjugaux — sans
solution préalable.

Faute grave !

Je sais bien que tout le monde et môme M. About, fils du
Voltaire, ne peuvent avoir autant de saine raison que le mi-
neur anglais.

Mais nous ne sommes pas, que je sache, à la veille de la
On du monde, et tous nous devrons dorénavant mettre à
profit cette utile leçon.

— Me cireras-tu mes bottes? sera la dernière question que
le futur en gants blancs adressera, plein d'amour, à la vierge
frémissante, laquelle lui répondra, selon sa tôte :

— C'est pas à faire.
Ou selon son cœur.

— Oui, mon gros chien.

Pour mon compte, je me promets de surveiller attentive-
ment les mariages qu'annonce la Liberté, et de m'informer si
l'époux a pris se- | '^uilions. Dans le cas contraire, au ris-
que d'apporter inique trouble dans le ménage, je ferai la
cour à sa femme, ftn fout au moins je la suivrai de l'œil
pour savoir de qui elle voudra bien cirer les bottes.

Et, lorsque l'humanité tout entière suivra mes utiles con-
seils, nous n'aurons plus que des ménages heureux, où les
discussions seront rares, et où l'on ne se fâchera plus sérieu-
sement que pour des causes respectables et imprévues comme
la suivante :

Deux jeunes gens mariés de l'avant-veille étaient en train
de s'adorer dans leur chambre à coucher, lorsque la femme
poussa un cri.

— Oh ! un rat !

— Non ma chérie, c'est une souris.

— Si fait, c'est un rat, je l'ai bien vu.

me

LA DERNIÈRE MORT

DE ROGAMBOLE

— EU11K —

Le fantôme s'esbigne donc; et la dame aussi — le lendemain
matin...
Le lendemain soir...

Ah! mais, ah! mais dites donc, général, ça vous arnuse-t-il
beaucoup, ce fantôme-là ?

11 se répète un peu,
le fantôme; si nous le
conduisions respectueuse-

'^fil^'l Chaillot! le fanlôme.

:::<fMk v*ÊÈfê Et sautons quelques

/ImÊÊ wSfe feuilletons.

Jh -

/ifëif£KBÊ&f Sautons, sautons tou
jours; plus nous en sau-
terons, voyez-vous.....

. WT- .....

Quelques minutes après
que MarieBerthoud (connais
pns) et son père (idem) cu-
rent tourne l'angle de la rue
du Dauphin, la portière de
ce fiacre mystérieux...

Ah! ah! à la bonne heure
tendais.

Mais, veuillez donc
m'apprendre, cher vi-
comte, à quoi bon dire
le fiacre mystérieux ?

Entendons nous, que
serait ce iiacre s'il
n'était mystérieux?

Auriez-vous celle de
nous oltVir des fiacres
non mystérieux?

Songez-y, vicomte, ce sen
. Je continue :

De ce fiacre mystèricu.c s
homme....

C'était lui !

C'était Rocainbole ! !

! voici le fiacre mystérieux que j'et-

lit horrible.

'ouvrit, et deux hommes ou plutôt un

Mais il eût été bien

Ôlfflcile , très-difficile ,
si difficile, d'autant plus
difliciledele reconnaître,
que ses disciples eux-mê-
mes ne ieusseni pas re-
connu.

Or qui n'est pas son
disciple ?

Etes-vous ses disci-
ples ? Sommes-nous ses
disciples ?

En notre Ame et con-
science : Oui ! nous som-
mes coupables.— Je veux
dire : Nous sommes ses
disciples. Tout le monde
est ses disciples.

si bête ! mes

C'est bien le moins que tout le monde puisse faire pour le
vicomte.
Passons :

llocambole donc, puisque c'était Lui, descendit du fiacre mys-
térieux.

Mais au lieu dk patbr lb cocher...
11 ne paya pas le cocher 1

Oh I ce llocambole, mes frères, quel homme ! quel colosse ! j
mais il ne pave les cochers.

Pas
frères

Au lieu de les payer,
il kur dit avec ctt accent
britannique, etc....
— Vos attendre moà.
Quel homme ! quel
homme! quel homme !
Vous l'entendez, mes
Hères : Vos attendue
moa.

Est-on plus fort que cela? Est-ce assez prodigieux?
En notre ame et conscience : Oui ! c'est assez prodigieux !

llocambole regardait par-dessus ses lunettes, et son ttU perçant...
Perçant! Perçant est faible, vicomte, il faudrait soigner ça,
que diable ! Perçant! l'œil de Hocambolo ! !
Faible ! faible ! très-faible !
Enfin passons :

(BU perçant surveillait attentivement les deux grilles, celle de ta rue
de Castiglione et celle....

— Pitoyable! vicomte, pitoyable!

— Deux grilles, que diable ! c'est une plaisanterie! dix grilles,
vingt grilles, trente grilles, toutes les grilles ! l'œil de Rocam-
bole doit surveiller au moins toutes les grilles à la fois, celles des
Tuileries et celles du Luxembourg, et même celles de quelques
squares par-dessus le marché.
Image description

Werk/Gegenstand/Objekt

Titel

Titel/Objekt
La dernière mort de Rocambole par Gill
Weitere Titel/Paralleltitel
Serientitel
La Lune
Sachbegriff/Objekttyp
Grafik

Inschrift/Wasserzeichen

Aufbewahrung/Standort

Aufbewahrungsort/Standort (GND)
Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg
Inv. Nr./Signatur
S 25/T 14

Objektbeschreibung

Maß-/Formatangaben

Auflage/Druckzustand

Werktitel/Werkverzeichnis

Herstellung/Entstehung

Künstler/Urheber/Hersteller (GND)
Gill, André
Entstehungsdatum
um 1866
Entstehungsdatum (normiert)
1861 - 1871
Entstehungsort (GND)
Paris

Auftrag

Publikation

Fund/Ausgrabung

Provenienz

Restaurierung

Sammlung Eingang

Ausstellung

Bearbeitung/Umgestaltung

Thema/Bildinhalt

Thema/Bildinhalt (GND)
Frankreich
Rocambole, Fiktive Gestalt
Karikatur
Satirische Zeitschrift

Literaturangabe

Rechte am Objekt

Aufnahmen/Reproduktionen

Künstler/Urheber (GND)
Universitätsbibliothek Heidelberg
Reproduktionstyp
Digitales Bild
Rechtsstatus
Public Domain Mark 1.0
Creditline
La Lune, 2.1866, Nr. 41, S. 41_2

Beziehungen

Erschließung

Lizenz
CC0 1.0 Public Domain Dedication
Rechteinhaber
Universitätsbibliothek Heidelberg
 
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