Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 332
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paroles de la Reyne; & conceut aussi le desieinde sevanger; mais
pour n'apporter point de scandaîe en sa maison , y faisant périr celuy
qu'il y avoit élevé , s'avisa d'en écrire à Rheones Roy de Licye pere
de sa femme, d'autres disent à Jobatesson gendre, pour së désaire de
luy, 8c trouva mesines bon de rendre Beîierophon porteur de îa let-
tre. Il obéît aux ordres qui luy turent donnez ; mais les Dieux eurent
soin de sa conduite. 11 arriva en Licye où le fleuve Xante prend sa
source. Il y fut le bien-venu , & traité neus jours durant par le R oy
avec beaucoup de civilité; mais au dixième jour il luy demanda s'il
n'avoit point de lettres de son gendre le Roy d'Argos, où s'il n'a voit
point de secrét à luy dire de sa part. Beîierophon luy donna les dé-
pesches mortelles: & quand le Roy les eutîeuè's, il conceutaussi-
tost le dessein de le faire mourir pour le crime qui luy eftoit imposé.
Premièrement il luy fit combattre TafFreuse Chimère , que les Dieux
avoient fait naistre d'une figure esfrange pour chaftier les injustices des
hommes. Elle avoit la teste & le devant du corps d'un lyon , le mi-
lieu d'une chèvre, & la queue d'un Dragon, vomissant outre cela le
feu par la gorge. Beîierophon assaillit coungeusement ce monslre
cruel: 8c comme il estoit savorisé des Dieux, il le mit à mort après
un long 8c périlleux combat. A près l'avoir vaincu , contre l'csperan-
ce8c l'attente du Roy, il défit ceux deSolyme, peuples de l'Asie,
dont il acquit beaucoup de gloire, & sesignaîa en plusieurs combats
contre les Amazones. Enfin le Roy l'ayant voulu saire assassiner par
des soîdats, auprès d'une fontaine, il les tailla tous en pièces. De
sorte que le Roy admirant sa valeur, se repentit de l'avoir tant perse-
cuté, parce qu'il estoit en la grâce des Dieux ; & pour assermir
son Estat par Pamitié d'un si grand personnage, il luy donna Phi-
lonoé sa sille, en mariage, avec la moitié de son Royaume. Deux
sils 8c une sille sortirent de cette ilîustre alliance, Isandre, Hip-
poîoque, &Laodamie, dont Jupiter mesme estant devenu amou-
reux, la sit mere du divin Sarpedon. Aureste, Beîierophon ne sut
pas long-temps poiTeiTeur de sa sortune : car ayant irrité les Dieux 8c
attiré sur luy leur vangeance, il devint solitaire 8c mélancolique;
puis venant d'une extrémité à l'autre, il courut les champs, & son
sils Isandre héritier de son malheur, aussi bien que de son courage,
Fut tué par le Dieu Mars, en combattant vaillamment contre ceux
de Soîyme. Diane mit à mort Laodarnie, n'-eftant refté de tous les
trois ensans qu'Hippoîoque, dont fortit Ghucus qui fut tué à la
guerre de Troye. Tout cela eft tiré d'Homère, qui ne parle point
du
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