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d'un si grand mépris, implora le cours de Tes enfants, & Tel
obligea de s'élancer sur l'heure, couvers d'une nue , au desTus
du palais de Thebes. Auprès des murailles de la ville , il y
avoit un terrain fort spacieux , où l'on faisoit courre d'ordinai-
re des chevaux & des chariots. Là , les fils d'Amphion
s'exerçoient dans les lices , montez sur des coursiers admirables>
dont ils retenoient la fougue avec des brides dorées. Ismene Pais-
né , fut le premier qui éprouva la pointe des traits d'Apollon ,
faisant tourner son cheval dans un rond au bout de la carrière,
il fut frappé droit au cœur. Sipyle qui le suivoit dans Pordre de
la naissance , le suivit au chemin de la mort, & ouït siffler en
Pair la ssèche qui le vint blesTer ; mais il n'en pût éviter le coup.
Phedime, & Tantale héritiers du nom de son grand-pere, pen-
sant s'exercer Pun contre Pautre à la îuice, se trouvèrent percez
tous deux ensemble d'un mesme trait. Alpenor leur frère ayant
veu le coup, se tourna vers eux pour les relever : mais il n'eut
pas le loisir de leur faire ce charitable ossice; car au mesme mo-
ment qu'il croyoit les embrasser , une flèche qui le vint percer
dans le poulmon, luy fit perdre ensemble le sàng & la vie. En-
sin Damasi&hon & Ilionée, coururent un mesme sort, sans que
les prières de l'un ny la plainte de Pautre, euisent esté capables de
sséchir les Dieux courroucez. La Reyne fut bien-tost avertie d'un
desastre si sanglant, qui Payant mise au desespoir, luy suggera des
paroles si esfranges contre la puhTance des Dieux osFencez, que
sans avoir pitié d'elle, après que la detrelse eut mis le fer dans le sein
d'Amphion son mary, ils tuèrent de la mesme sorte les sept fil-
les qui luy restoient, sans épargner la plus jeune, quelamere ay-
moit plus tendrement que toutes les autres. Ainsi la superbe Nio-
be saisic d'une douleur extrême, versa inutilement des larmes; Se
ne cesTera jamais d'en verser du soucieux rocher auquel elle fut enfin
transformée, pour pleurer sur les quatorze bûchers de ses enfans.
Sans mentir voila une rare figure du chastiment que mérite l'or-
gueil d'une femme insolente, qui se glorifie de ses richesFes &desà
beauté, & qui se moque de tout ce que la pieté révère. Si le Pein-
tre eust bien suivy le sujet de son Tableau, il auroitesté peut*
estre plus soigneux qu'il n'a pas esté, de representer Niobemoins
laide qu'il ne l'a faite icy, & ne luyauroit pas dénié quelques ha-
bits plus presomptueux pour marquer sa vanité. Quoy que, pour
en dire la vérité> PafBiâion.fasse en peu d'heures un grand chan-
gement
d'un si grand mépris, implora le cours de Tes enfants, & Tel
obligea de s'élancer sur l'heure, couvers d'une nue , au desTus
du palais de Thebes. Auprès des murailles de la ville , il y
avoit un terrain fort spacieux , où l'on faisoit courre d'ordinai-
re des chevaux & des chariots. Là , les fils d'Amphion
s'exerçoient dans les lices , montez sur des coursiers admirables>
dont ils retenoient la fougue avec des brides dorées. Ismene Pais-
né , fut le premier qui éprouva la pointe des traits d'Apollon ,
faisant tourner son cheval dans un rond au bout de la carrière,
il fut frappé droit au cœur. Sipyle qui le suivoit dans Pordre de
la naissance , le suivit au chemin de la mort, & ouït siffler en
Pair la ssèche qui le vint blesTer ; mais il n'en pût éviter le coup.
Phedime, & Tantale héritiers du nom de son grand-pere, pen-
sant s'exercer Pun contre Pautre à la îuice, se trouvèrent percez
tous deux ensemble d'un mesme trait. Alpenor leur frère ayant
veu le coup, se tourna vers eux pour les relever : mais il n'eut
pas le loisir de leur faire ce charitable ossice; car au mesme mo-
ment qu'il croyoit les embrasser , une flèche qui le vint percer
dans le poulmon, luy fit perdre ensemble le sàng & la vie. En-
sin Damasi&hon & Ilionée, coururent un mesme sort, sans que
les prières de l'un ny la plainte de Pautre, euisent esté capables de
sséchir les Dieux courroucez. La Reyne fut bien-tost avertie d'un
desastre si sanglant, qui Payant mise au desespoir, luy suggera des
paroles si esfranges contre la puhTance des Dieux osFencez, que
sans avoir pitié d'elle, après que la detrelse eut mis le fer dans le sein
d'Amphion son mary, ils tuèrent de la mesme sorte les sept fil-
les qui luy restoient, sans épargner la plus jeune, quelamere ay-
moit plus tendrement que toutes les autres. Ainsi la superbe Nio-
be saisic d'une douleur extrême, versa inutilement des larmes; Se
ne cesTera jamais d'en verser du soucieux rocher auquel elle fut enfin
transformée, pour pleurer sur les quatorze bûchers de ses enfans.
Sans mentir voila une rare figure du chastiment que mérite l'or-
gueil d'une femme insolente, qui se glorifie de ses richesFes &desà
beauté, & qui se moque de tout ce que la pieté révère. Si le Pein-
tre eust bien suivy le sujet de son Tableau, il auroitesté peut*
estre plus soigneux qu'il n'a pas esté, de representer Niobemoins
laide qu'il ne l'a faite icy, & ne luyauroit pas dénié quelques ha-
bits plus presomptueux pour marquer sa vanité. Quoy que, pour
en dire la vérité> PafBiâion.fasse en peu d'heures un grand chan-
gement



