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PRÉFACE.
à travers les fureurs de l'hérésie et de l'athéisme. C'était avoir fait beaucoup sans doute,
mais, à force de n'être plus interrogées, toutes ces grandes figures avaient perdu le langage,
et semblaient s'obstiner à ne rendre plus de réponse aux tardives curiosités qui venaient
s'informer de leur pensée après tant de générations insouciantes. Qu'était devenu le temps
où les catéchismes recommandaient au peuple de considérer les verrières en récitant le cha-
pelet (i) durant la messe! Ces images appelées par nos pères le livre des laïques, le clergé
même s'était accoutumé à les tenir pour lettre close. Aussi, un prêtre respectable, M. le
chanoine Romelot,dans un livre consacré en 1824 à la gloire de la cathédrale de Bourges,
n'avait pas cru devoir prendre la peine d'expliquer ou même de nommer aucune des
anciennes verrières. Pour lui, le plus grand mérite de ces verroteries était encore de
« répandre une teinte sombre et mystérieuse, très-propre à inspirer le recueillement.» Du
reste, tout en y reconnaissant un certain mérite de coloris et un assez grand caractère, il
entendait bien « laisser dormir ces vieilles friperies gothiques dans la poussière qui les
« couvre, etc. »
Quinze ans s'étaient écoulés depuis que le digne abbé Romelot avait imprimé ce
curieux jugement sur les beaux vitraux de Bourges, et il faut lui rendre cette justice
que son langage en 1824 était; à peu près celui des amateurs les plus avancés. Mais depuis
lors le moyen âge avait bien grandi dans l'estime générale, sans que pourtant l'ancienne
peinture sur verre eût encore obtenu toute la justice qu'elle pouvait réclamer (s*). Il nous
sera sans doute permis de le dire, ce fut alors qu'elle rencontra dans un missionnaire
l'interprète que les vieux artistes auraient pu désirer, s'ils avaient jamais soupçonné que
leur expression pût tomber à l'état d'hiéroglyphe énigmatique dans le royaume de saint
Louis. Qu'était-ce, en effet, que ces pages éclatantes constamment déployées aux regards
du peuple, sinon la prédication journalière des siècles passés? C'était donc une pensée
bien séante à un prédicateur du xixe siècle, que le projet de dépouiller ces archives de
l'enseignement religieux sous la forme de l'art, et d'y chercher de quelles instructions
avaient été nourris ces âges de foi dont il y a de si glorieuses choses à dire, comme parlait
le roi-prophète en exaltant la cité de Dieu.
Sans autre ambition, d'abord, que celle de s'assurer un souvenir durable qu'il pût con-
sulter et méditer plus tard, notre prédicateur prit le crayon et le pinceau (3), pour fixer
les impressions des moments trop courts et trop détachés que lui laissait son occupation
principale. Voilà comment, après quelques semaines, il emportait de cette église des sujets
de longues méditations, sans trop songer encore s'il en ferait jamais part à d'autres qu'à
ses amis. C'étaient de nouvelles notes de voyages, ajoutées à celles qu'il allait recueillant
çà et là sur sa route depuis bien des années, s'instruisant lui-même en même temps qu'il
instruisait les autres. Deux ans se passèrent ensuite, durant lesquels la revue de ces
(1) Catéchisme en usage dans les diocèses de Liège, de Cambrai
et de TSamur, avec des explications...., par P. J. Henry (6° édition,
1782, t. I, p. 146, sv.). «A quoi pensez-vous en disant votre cha-
pelet [durant la messe)? — A quelque chose que Notre-Seigneur
ou Notre-Dame ont faite étant au monde, ou bien à quelque
image que je vois devant moi à l'autel, aux parois, aux verrières,
en mon livre ou en mes mains. »
11 parait que le pieux Fénelon, malgré sa sévérité pour l'art
gothique, n'avait rien trouvé à redire dans cette instruction
populaire. Mais le successeur du cardinal Dubois, Monseigneur
Charles de Saint-Albin, transféré de Laon à Cambrai en 172.3,
avec conservation des honneurs de la pairie, crut devoir y regar-
der de plus près. Une nouvelle édition du catéchisme, donnée en
1726, obvia donc à tout abus par la modification suivante : «... ou
bien à quelque image que j'ai devant les yeux, et qui m'inspire
de saintes pensées. » On évitait ainsi l'inconvénient d'affirmer que
les vitraux pussent faire naitre des pensées utiles.
(2) M. de Lasteyrie avait à peine publié à cette époque les
premières feuilles de son Histoire de la peinture sur verre; et l'on
sait bien que jusque-là tout ce qui avait paru sur ce sujet se ré-
duisait à de simples notices, où la vitrerie du xme siècle n'était
guère mentionnée que pour mémoire.
(3) Nous ne saurions ici passer sous silence M. Jullien, archi-
tecte de la ville de Bourges, dont les bons offices nous ont été
d'un grand secours dans l'accomplissement de cette tâche longue
et pénible.
PRÉFACE.
à travers les fureurs de l'hérésie et de l'athéisme. C'était avoir fait beaucoup sans doute,
mais, à force de n'être plus interrogées, toutes ces grandes figures avaient perdu le langage,
et semblaient s'obstiner à ne rendre plus de réponse aux tardives curiosités qui venaient
s'informer de leur pensée après tant de générations insouciantes. Qu'était devenu le temps
où les catéchismes recommandaient au peuple de considérer les verrières en récitant le cha-
pelet (i) durant la messe! Ces images appelées par nos pères le livre des laïques, le clergé
même s'était accoutumé à les tenir pour lettre close. Aussi, un prêtre respectable, M. le
chanoine Romelot,dans un livre consacré en 1824 à la gloire de la cathédrale de Bourges,
n'avait pas cru devoir prendre la peine d'expliquer ou même de nommer aucune des
anciennes verrières. Pour lui, le plus grand mérite de ces verroteries était encore de
« répandre une teinte sombre et mystérieuse, très-propre à inspirer le recueillement.» Du
reste, tout en y reconnaissant un certain mérite de coloris et un assez grand caractère, il
entendait bien « laisser dormir ces vieilles friperies gothiques dans la poussière qui les
« couvre, etc. »
Quinze ans s'étaient écoulés depuis que le digne abbé Romelot avait imprimé ce
curieux jugement sur les beaux vitraux de Bourges, et il faut lui rendre cette justice
que son langage en 1824 était; à peu près celui des amateurs les plus avancés. Mais depuis
lors le moyen âge avait bien grandi dans l'estime générale, sans que pourtant l'ancienne
peinture sur verre eût encore obtenu toute la justice qu'elle pouvait réclamer (s*). Il nous
sera sans doute permis de le dire, ce fut alors qu'elle rencontra dans un missionnaire
l'interprète que les vieux artistes auraient pu désirer, s'ils avaient jamais soupçonné que
leur expression pût tomber à l'état d'hiéroglyphe énigmatique dans le royaume de saint
Louis. Qu'était-ce, en effet, que ces pages éclatantes constamment déployées aux regards
du peuple, sinon la prédication journalière des siècles passés? C'était donc une pensée
bien séante à un prédicateur du xixe siècle, que le projet de dépouiller ces archives de
l'enseignement religieux sous la forme de l'art, et d'y chercher de quelles instructions
avaient été nourris ces âges de foi dont il y a de si glorieuses choses à dire, comme parlait
le roi-prophète en exaltant la cité de Dieu.
Sans autre ambition, d'abord, que celle de s'assurer un souvenir durable qu'il pût con-
sulter et méditer plus tard, notre prédicateur prit le crayon et le pinceau (3), pour fixer
les impressions des moments trop courts et trop détachés que lui laissait son occupation
principale. Voilà comment, après quelques semaines, il emportait de cette église des sujets
de longues méditations, sans trop songer encore s'il en ferait jamais part à d'autres qu'à
ses amis. C'étaient de nouvelles notes de voyages, ajoutées à celles qu'il allait recueillant
çà et là sur sa route depuis bien des années, s'instruisant lui-même en même temps qu'il
instruisait les autres. Deux ans se passèrent ensuite, durant lesquels la revue de ces
(1) Catéchisme en usage dans les diocèses de Liège, de Cambrai
et de TSamur, avec des explications...., par P. J. Henry (6° édition,
1782, t. I, p. 146, sv.). «A quoi pensez-vous en disant votre cha-
pelet [durant la messe)? — A quelque chose que Notre-Seigneur
ou Notre-Dame ont faite étant au monde, ou bien à quelque
image que je vois devant moi à l'autel, aux parois, aux verrières,
en mon livre ou en mes mains. »
11 parait que le pieux Fénelon, malgré sa sévérité pour l'art
gothique, n'avait rien trouvé à redire dans cette instruction
populaire. Mais le successeur du cardinal Dubois, Monseigneur
Charles de Saint-Albin, transféré de Laon à Cambrai en 172.3,
avec conservation des honneurs de la pairie, crut devoir y regar-
der de plus près. Une nouvelle édition du catéchisme, donnée en
1726, obvia donc à tout abus par la modification suivante : «... ou
bien à quelque image que j'ai devant les yeux, et qui m'inspire
de saintes pensées. » On évitait ainsi l'inconvénient d'affirmer que
les vitraux pussent faire naitre des pensées utiles.
(2) M. de Lasteyrie avait à peine publié à cette époque les
premières feuilles de son Histoire de la peinture sur verre; et l'on
sait bien que jusque-là tout ce qui avait paru sur ce sujet se ré-
duisait à de simples notices, où la vitrerie du xme siècle n'était
guère mentionnée que pour mémoire.
(3) Nous ne saurions ici passer sous silence M. Jullien, archi-
tecte de la ville de Bourges, dont les bons offices nous ont été
d'un grand secours dans l'accomplissement de cette tâche longue
et pénible.



