CHAPITRE TREIZIÈME
PLANCHE TREIZIEME. — SAINT PIERRE ET SAINT NICOLAS.
ARTICLE PREMIER.
SAINT PIERRE.
i65. Encore deux verrières tronquées! Mais il faut nous y faire; car presque aucun des sujets à
légendes que renferme la cathédrale de Bourges, n'est arrivé sain et sauf jusqu'à nous. Du reste, pour
le vitrail réservé à saint Pierre, nous pouvons le compléter en partie à l'aide du vitrage que lui a
consacré la peinture sur verre dans l'abside de Troyes(i). La clef du ciel confiée à ce chef des apôtres(2),
et la pêche miraculeuse qui lui donna lieu de réparer son infidélité par un acte éclatant de foi, de-
vaient sans aucun doute figurer parmi les médaillons inférieurs qui n'existent plus. Nous pouvons bien
y ajouter, sans crainte d'erreur, la scène où l'ange délivre saint Pierre de la prison (deuxième groupe).
L'époque de ce fait autoriserait suffisamment sa restitution parmi les peintures du groupe que le temps
nous a dérobées. Mais, sauf cet unique événement, tout ce qui nous reste se rapporte au séjour de
saint Pierre à Rome durant les dernières années de sa vie.
On sait que l'une des causes qui hâtèrent la venue du prince des apôtres dans la capitale du monde,
fut le désir d'arrêter les progrès de Simon le Magicien (3). Le mépris de la religion penche à la supersti-
tion et à la crédulité aveugle, plus qu'on ne fait semblant de le croire; aussi la philosophie des der-
niers âges païens est-elle singulièrement empreinte de prétentions théurgiques plus ou moins avouées.
Il importait donc de ne point souffrir qu'un imposteur entraînât l'admiration du peuple de Rome par
l'attrait que les prestiges pouvaient prêter à une doctrine impie, et discréditât d'avance les véritables
miracles dont le pouvoir avait été confié aux envoyés de Jésus-Christ comme gage de leur mission.
ï66. Les détails de la première lutte entre saint Pierre et Simon le Magicien, à Rome, sous le règne
de Claude, ne nous ont été transmis par aucune relation vraiment authentique. Nous savons seulement
que le suppôt de Satan fut contraint de se retirer pour se dérober à la honte qu'attiraient sur lui les
œuvres éclatantes du chef de l'Église (4). Mais nous sommes mieux informés au sujet d'un autre essai
que fit Simon sur la superstition inquiète de la ville impériale au temps de Néron, et c'est précisé-
ment ce qu'a retracé notre vitrail.
Un jeune Romain d'une famille illustre venait de mourir; pressés par divers conseillers, ses parents
recourent à la fois au magicien et à saint Pierre pour tenter si l'un des deux ne pourra pas le rap-
peler à la vie. Ainsi, ces deux thaumaturges, d'une espèce si diverse, se rencontrent près du cadavre; et,
furieux de se trouver en présence d'un rival, Simon propose de mettre à mort celui qui ne réussira
point dans la tentative. Au moyen de certaines formules magiques ou de quelque fourberie déguisée,
il réussit à faire mouvoir la tête du jeune homme. Mais ce fut là tout son pouvoir; et quand il fut
bien prouvé que sa puissance ne dépassait pas ces misérables prestiges, Pierre, au nom de Jésus-Christ,
rendit la vie à ce corps déjà glacé (5), et sécha les larmes de la mère.
(r) Etude XIII, fenêtrage E.
(1) A Chartres, dans le fenêtrage de saint Pierre et de saint Paul,
comme pour faire mieux sentir la portée de cette parole du Fils
de Dieu (Matth. XVI, 19), on a donné à saint Pierre la tiare et
le pallium dans le médaillon où JNotre-Seigneur lui promet le pou-
voir des clefs.
(3) Euseb., Hist. ecc/vlibr.II,cap. i3, 14(ed.H. Val.,Paris. 1677,
p. 39—41)- — Hieronym., Catalog. script, eccles., n° 1 (t. IV, P. II,
p. 101).—JNïcephor., Hist. eccl., libr. II, cap. 14.—Etc., etc.
(4) Le langage vague des historiens sur la confusion de Si-
mon le Magicien, à ce premier séjour du prince des apôtres dans
Rome, donne lieu a plusieurs assertions erronées sur l'époque du
triomphe complet que saint Pierre obtint dans la suite. Cs. Baron.,
Annal, A. 44, n° LUI, sq. (t. I,p. 3o5,sq.).
(5) Pseudo-Egesipp. (Ambros. ), de Excid. HierosoL, libr. III,
cap. 1 (Galland, VII, 700, sq.). — Pseudo-Abd., Apostol. histor.,
libr. I, cap. 16, 17 (ap. Fabric., Cod. apocr. N. T., t. I, 43a, sq.).—
Pseudo-Lin., Act. s. Petr., 9 (AA. SS., jun. t. V, 427)- Je n ai Pas
besoin de faire remarquer que ce fait est l'objet de l'un des deux
médaillons qui occupent actuellement le pied de la verrière. On
reconnaîtra sans peine le jeune homme étendu sur son lit, et le
magicien qui le saisit par le menton, en proférant des paroles
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PLANCHE TREIZIEME. — SAINT PIERRE ET SAINT NICOLAS.
ARTICLE PREMIER.
SAINT PIERRE.
i65. Encore deux verrières tronquées! Mais il faut nous y faire; car presque aucun des sujets à
légendes que renferme la cathédrale de Bourges, n'est arrivé sain et sauf jusqu'à nous. Du reste, pour
le vitrail réservé à saint Pierre, nous pouvons le compléter en partie à l'aide du vitrage que lui a
consacré la peinture sur verre dans l'abside de Troyes(i). La clef du ciel confiée à ce chef des apôtres(2),
et la pêche miraculeuse qui lui donna lieu de réparer son infidélité par un acte éclatant de foi, de-
vaient sans aucun doute figurer parmi les médaillons inférieurs qui n'existent plus. Nous pouvons bien
y ajouter, sans crainte d'erreur, la scène où l'ange délivre saint Pierre de la prison (deuxième groupe).
L'époque de ce fait autoriserait suffisamment sa restitution parmi les peintures du groupe que le temps
nous a dérobées. Mais, sauf cet unique événement, tout ce qui nous reste se rapporte au séjour de
saint Pierre à Rome durant les dernières années de sa vie.
On sait que l'une des causes qui hâtèrent la venue du prince des apôtres dans la capitale du monde,
fut le désir d'arrêter les progrès de Simon le Magicien (3). Le mépris de la religion penche à la supersti-
tion et à la crédulité aveugle, plus qu'on ne fait semblant de le croire; aussi la philosophie des der-
niers âges païens est-elle singulièrement empreinte de prétentions théurgiques plus ou moins avouées.
Il importait donc de ne point souffrir qu'un imposteur entraînât l'admiration du peuple de Rome par
l'attrait que les prestiges pouvaient prêter à une doctrine impie, et discréditât d'avance les véritables
miracles dont le pouvoir avait été confié aux envoyés de Jésus-Christ comme gage de leur mission.
ï66. Les détails de la première lutte entre saint Pierre et Simon le Magicien, à Rome, sous le règne
de Claude, ne nous ont été transmis par aucune relation vraiment authentique. Nous savons seulement
que le suppôt de Satan fut contraint de se retirer pour se dérober à la honte qu'attiraient sur lui les
œuvres éclatantes du chef de l'Église (4). Mais nous sommes mieux informés au sujet d'un autre essai
que fit Simon sur la superstition inquiète de la ville impériale au temps de Néron, et c'est précisé-
ment ce qu'a retracé notre vitrail.
Un jeune Romain d'une famille illustre venait de mourir; pressés par divers conseillers, ses parents
recourent à la fois au magicien et à saint Pierre pour tenter si l'un des deux ne pourra pas le rap-
peler à la vie. Ainsi, ces deux thaumaturges, d'une espèce si diverse, se rencontrent près du cadavre; et,
furieux de se trouver en présence d'un rival, Simon propose de mettre à mort celui qui ne réussira
point dans la tentative. Au moyen de certaines formules magiques ou de quelque fourberie déguisée,
il réussit à faire mouvoir la tête du jeune homme. Mais ce fut là tout son pouvoir; et quand il fut
bien prouvé que sa puissance ne dépassait pas ces misérables prestiges, Pierre, au nom de Jésus-Christ,
rendit la vie à ce corps déjà glacé (5), et sécha les larmes de la mère.
(r) Etude XIII, fenêtrage E.
(1) A Chartres, dans le fenêtrage de saint Pierre et de saint Paul,
comme pour faire mieux sentir la portée de cette parole du Fils
de Dieu (Matth. XVI, 19), on a donné à saint Pierre la tiare et
le pallium dans le médaillon où JNotre-Seigneur lui promet le pou-
voir des clefs.
(3) Euseb., Hist. ecc/vlibr.II,cap. i3, 14(ed.H. Val.,Paris. 1677,
p. 39—41)- — Hieronym., Catalog. script, eccles., n° 1 (t. IV, P. II,
p. 101).—JNïcephor., Hist. eccl., libr. II, cap. 14.—Etc., etc.
(4) Le langage vague des historiens sur la confusion de Si-
mon le Magicien, à ce premier séjour du prince des apôtres dans
Rome, donne lieu a plusieurs assertions erronées sur l'époque du
triomphe complet que saint Pierre obtint dans la suite. Cs. Baron.,
Annal, A. 44, n° LUI, sq. (t. I,p. 3o5,sq.).
(5) Pseudo-Egesipp. (Ambros. ), de Excid. HierosoL, libr. III,
cap. 1 (Galland, VII, 700, sq.). — Pseudo-Abd., Apostol. histor.,
libr. I, cap. 16, 17 (ap. Fabric., Cod. apocr. N. T., t. I, 43a, sq.).—
Pseudo-Lin., Act. s. Petr., 9 (AA. SS., jun. t. V, 427)- Je n ai Pas
besoin de faire remarquer que ce fait est l'objet de l'un des deux
médaillons qui occupent actuellement le pied de la verrière. On
reconnaîtra sans peine le jeune homme étendu sur son lit, et le
magicien qui le saisit par le menton, en proférant des paroles
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