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VITRAUX DE BOURGES
167. A côté du médaillon qui représente cette rencontre des deux rivaux, on voit saint Pierre et
saint Paul en prière. Ce doit être le reste d'un ensemble qui se composait sans doute de plusieurs
scènes, et qui comprenait au moins l'un des deux médaillons supérieurs du premier groupe(1). Simon,
qui avait gagné les bonnes grâces de l'empereur, promet de lui donner un grand spectacle : il tra-
versera les airs, pour reconquérir sa popularité perdue; et Néron, charmé d'une proposition si brillante,
convoque le peuple à cette nouveauté. Le magicien tint parole de son mieux (2), et la foule applau-
dissait avec transport, lorsque la prière des deux apôtres(3) vint arrêter cet enthousiasme. Simon, pré-
cipité comme un simple mortel, vit échouer toute sa gloire contre un opprobre auprès duquel les
meurtrissures de sa chute ne durent être que peu de chose.
168. Le Done covadis (Domine quo vadis?) est encore aujourd'hui à Rome le nom que porte une
chapelle bâtie, à ce que l'on croit, dans le lieu même où arriva l'apparition représentée par l'un des
médaillons du second groupe. Saint Pierre, pressé par les fidèles de se soustraire aux fureurs de Néron,
se mit en devoir de quitter Rome secrètement. Déjà il avait atteint la porte de la ville, lorsque Jésus-
Christ se présenta devant lui, tel que l'apôtre l'avait connu. Pierre, surpris de cette rencontre, mais ne
doutant nullement de la réalité de sa vision, demanda au divin maître : «Seigneur, où allez-vous (4)? »
Et Jésus lui répondit : «Je vais à Rome pour y être crucifié de nouveau. » L'apôtre comprit qu'il
s'agissait de lui-même, et revenant sur ses pas, il ne tarda point à être saisi par les satellites de
l'empereur.
169. Je pense que le médaillon placé au-dessus de ce dernier, fait allusion à la seconde épître de
saint Pierre, qui doit avoir été écrite peu de temps avant son martyre, et peut-être immédiatement
après la vision qui le ramena dans Rome. Ses paroles y sont celles d'un testament : il annonce sans
aucune hésitation sa mort prochaine (5), porte ses regards prophétiques jusqu'aux derniers jours du
monde, encourage les fidèles à se tenir prêts pour le second avènement du Fils de l'homme (6), et
mystérieuses. Pendant ce temps-là saint Pierre surveille l'impos-
teur, et se prépare à faire éclater le pouvoir de Jésus-Christ.
(1) On cite plusieurs comparutions de Simon le Magicien et de
saint Pierre devant Néron. Les deux médaillons qui forment
maintenant la partie supérieure du premier groupe pourraient
bien avoir appartenu à divers faits dont nous ne pourrions resti-
tuer la totalité sans quelque arbitraire. Cs. Jacob, a Varag., Le-
gend. aur.— Abd., Apost. hist., libr. I, cap. 17, 18. (1. cit., p. 433,
sqq. ). — Etc.
(2) Malgré quelques variantes, il est impossible de méconnaître
l'unanimité des plus graves auteurs sur ce point d'histoire, tout
singulier qu'il peut paraître. Cs. Pseudo-Lin, A A. s. Petr., 10 (1.
cit., 427)- — Ambros., ûfe Excid. HierosoL, 1. c. (Galland, VII, 701).
— Constit. apostol., libr. VI, cap. 9 (Galland, III, 145, sq.).—Cy-
rill. Hierosolym., Cateches. VI, 15 (p. 96); et Not. in h. I.— Etc.
Baronius (Ann. 68, n° XIV—XXII, et Ann. 44, n° LIV; 1.1, p. 614—
617, 3o6) a réuni de nombreux témoignages sur ce sujet, avec cette
érudition large et sûre que l'on retrouve ordinairement dans les
travaux de ce pieux et savant cardinal. Cs. Foggini, de Roman. D.
Petr. itin., Exercitat. 12 (p. 263—279).
(3) Plusieurs écrivains semblent supposer que saint Pierre seul
fut Fauteur de cette dernière humiliation du magicien. Cs. Pseudo-
Walafrid. (Fortunat?), Carm. de s. Petr. (ap. Canis., Thesaur.,
monument., ed. Basnage, t. II, P. II, p. 257). —Maxim. Taurin.,
Homil. 62, de Petr. et Paul. (p. 232—234; et Augustin, opp., t. V,
Append., p. 336).—Pseudo-Augustin., contr. Fulgent., cap. 24 (t. IX,
Append., p. 11).— Constitut. Apostol., loc. cit.—Augustin., de
Hœres. (t. VIII, 6); et Anonym., ap. Augustin., epist. XXXVI, ad
Casul., cap. 9 (t. II, 76).—Arnob., adv. Gent., libr. II, cap. 7
(Galland, IV, i5o).— Theodoret., Hœretic. fabid., libr. I,cap. 1
(t. IV, 192). — Ambros., de Excid. HierosoL, 1. cit.; Hexaemer.,
libr. IV, cap. 8 (t. I, p. 78). —Philastr., de Hœres. p. Chr. pass.,
cap. 1 (Galland, VII, 485). —Etc., etc. D'autres, et c'est le parti
qu'a embrassé l'auteur de notre verrière, associent saint Paul à
saint Pierre dans ce triomphe public de la prière opposée au
pouvoir des démons. Cs. Gregor. Turon., Hist. Francor., libr. I,
cap. 24 (p. 20). — Sulpic. Sever., Hist. sacr., libr. II, cap. 28 (t. II,
p. 160). — Cyrill. HierosoL, /. cit.—Etc. Mais il est permis de pen-
ser que ceux qui indiquent seulement la présence de saint Pierre
se proposent de mettre en relief sa primauté, plutôt que de donner
précisément l'exclusion à saint Paul. Autrement Grégoire de Tours
deviendrait inexplicable, puisque, après avoir parlé des deux apôtres
réunis (/. cit., et de Glor. Mart., libr. I, cap. 28, p. 75o), il s'exprime
ailleurs comme si saint Paul n'avait eu nulle part à ce prodige. Cs.
Gregor. Turon., Hist. Fr., libr. II, 23 (p. 76). Dungal, au con-
traire [adv. Claud. Taurin., Bibl. PP. XIV, 223), ne parle que de
saint Paul; nouvelle singularité dont on peut rendre raison pa-
reillement. Dungal prétend parler de la prière; or il est permis
de croire qu'il aura eu sous les yeux un ancien texte dont nous
trouvons les vestiges dans Jacques de Varazze, et selon lequel, les
deux apôtres auraient pris chacun une part différente à la chute
du magicien : Pierre le rôle de l'autorité, et Paul celui de l'oraison.
Jac. de Varag., Legend., de s. Petr. «... Dixit autem Paulus ad
Petrum : Meum est orare, et tuum est imperare. Etc.» Ce serait
une nouvelle preuve de la fidélité avec laquelle l'auteur de la Lé-
gende dorée suit les monuments anciens, ainsi que l'attestait l'ex-
périence et le sens droit du premier des Bollandistes. Cs. n° 75
(p. 236).
(4) Origène, citant peut-être de mémoire, ainsi qu'il arrive sou-
vent aux anciens auteurs, indique ce fait (inJoann., t. XX, cap. 12;
t. IV, 322) comme s'il l'avait lu dans les Actes de saint Paul. Mais
son assertion est rectifiée par plusieurs autres écrivains, et en par-
ticulier par saint Ambroise, sur lequel, toutefois, l'autorité d'Ori-
gène a souvent une grande influence. Cs. Pseudo-Lin., AA. s. Petr.,
n° r 1 (1. cit., p. 4^8). —Ether. et Beat., adv. Elipand., libr. I, 46
(Galland, XIII, 3oi). — Ambros., de Excid. HierosoL, l. cit.; et
contr. Auxent, de basilic, (t. II, 867).— Etc. Du reste, si l'on
admet les Actes de saint Processe et de saint Martinien (n° 2, ap.
Sur. 1 Jul.), il serait facile d'accorder Origène avec les autres
auteurs, puisque saint Pierre et saint Paul auraient pris la fuite
ensemble. Pour moi, j'avoue que les raisons alléguées par Tille-
mont (ed. cit., not. 41; t. I, p. 532) contre l'authenticité de ces
Actes ne me semblent pas du tout convaincantes. Mais je n'ai pas à
discuter ce point de critique.
(5) II Petr. I, 14. «Certus quod velox est depositio tabernaculi
mei, secundum quod et Dominus noster Jésus Christus significa-
vit mihi. »
(6) Ibid. III.
VITRAUX DE BOURGES
167. A côté du médaillon qui représente cette rencontre des deux rivaux, on voit saint Pierre et
saint Paul en prière. Ce doit être le reste d'un ensemble qui se composait sans doute de plusieurs
scènes, et qui comprenait au moins l'un des deux médaillons supérieurs du premier groupe(1). Simon,
qui avait gagné les bonnes grâces de l'empereur, promet de lui donner un grand spectacle : il tra-
versera les airs, pour reconquérir sa popularité perdue; et Néron, charmé d'une proposition si brillante,
convoque le peuple à cette nouveauté. Le magicien tint parole de son mieux (2), et la foule applau-
dissait avec transport, lorsque la prière des deux apôtres(3) vint arrêter cet enthousiasme. Simon, pré-
cipité comme un simple mortel, vit échouer toute sa gloire contre un opprobre auprès duquel les
meurtrissures de sa chute ne durent être que peu de chose.
168. Le Done covadis (Domine quo vadis?) est encore aujourd'hui à Rome le nom que porte une
chapelle bâtie, à ce que l'on croit, dans le lieu même où arriva l'apparition représentée par l'un des
médaillons du second groupe. Saint Pierre, pressé par les fidèles de se soustraire aux fureurs de Néron,
se mit en devoir de quitter Rome secrètement. Déjà il avait atteint la porte de la ville, lorsque Jésus-
Christ se présenta devant lui, tel que l'apôtre l'avait connu. Pierre, surpris de cette rencontre, mais ne
doutant nullement de la réalité de sa vision, demanda au divin maître : «Seigneur, où allez-vous (4)? »
Et Jésus lui répondit : «Je vais à Rome pour y être crucifié de nouveau. » L'apôtre comprit qu'il
s'agissait de lui-même, et revenant sur ses pas, il ne tarda point à être saisi par les satellites de
l'empereur.
169. Je pense que le médaillon placé au-dessus de ce dernier, fait allusion à la seconde épître de
saint Pierre, qui doit avoir été écrite peu de temps avant son martyre, et peut-être immédiatement
après la vision qui le ramena dans Rome. Ses paroles y sont celles d'un testament : il annonce sans
aucune hésitation sa mort prochaine (5), porte ses regards prophétiques jusqu'aux derniers jours du
monde, encourage les fidèles à se tenir prêts pour le second avènement du Fils de l'homme (6), et
mystérieuses. Pendant ce temps-là saint Pierre surveille l'impos-
teur, et se prépare à faire éclater le pouvoir de Jésus-Christ.
(1) On cite plusieurs comparutions de Simon le Magicien et de
saint Pierre devant Néron. Les deux médaillons qui forment
maintenant la partie supérieure du premier groupe pourraient
bien avoir appartenu à divers faits dont nous ne pourrions resti-
tuer la totalité sans quelque arbitraire. Cs. Jacob, a Varag., Le-
gend. aur.— Abd., Apost. hist., libr. I, cap. 17, 18. (1. cit., p. 433,
sqq. ). — Etc.
(2) Malgré quelques variantes, il est impossible de méconnaître
l'unanimité des plus graves auteurs sur ce point d'histoire, tout
singulier qu'il peut paraître. Cs. Pseudo-Lin, A A. s. Petr., 10 (1.
cit., 427)- — Ambros., ûfe Excid. HierosoL, 1. c. (Galland, VII, 701).
— Constit. apostol., libr. VI, cap. 9 (Galland, III, 145, sq.).—Cy-
rill. Hierosolym., Cateches. VI, 15 (p. 96); et Not. in h. I.— Etc.
Baronius (Ann. 68, n° XIV—XXII, et Ann. 44, n° LIV; 1.1, p. 614—
617, 3o6) a réuni de nombreux témoignages sur ce sujet, avec cette
érudition large et sûre que l'on retrouve ordinairement dans les
travaux de ce pieux et savant cardinal. Cs. Foggini, de Roman. D.
Petr. itin., Exercitat. 12 (p. 263—279).
(3) Plusieurs écrivains semblent supposer que saint Pierre seul
fut Fauteur de cette dernière humiliation du magicien. Cs. Pseudo-
Walafrid. (Fortunat?), Carm. de s. Petr. (ap. Canis., Thesaur.,
monument., ed. Basnage, t. II, P. II, p. 257). —Maxim. Taurin.,
Homil. 62, de Petr. et Paul. (p. 232—234; et Augustin, opp., t. V,
Append., p. 336).—Pseudo-Augustin., contr. Fulgent., cap. 24 (t. IX,
Append., p. 11).— Constitut. Apostol., loc. cit.—Augustin., de
Hœres. (t. VIII, 6); et Anonym., ap. Augustin., epist. XXXVI, ad
Casul., cap. 9 (t. II, 76).—Arnob., adv. Gent., libr. II, cap. 7
(Galland, IV, i5o).— Theodoret., Hœretic. fabid., libr. I,cap. 1
(t. IV, 192). — Ambros., de Excid. HierosoL, 1. cit.; Hexaemer.,
libr. IV, cap. 8 (t. I, p. 78). —Philastr., de Hœres. p. Chr. pass.,
cap. 1 (Galland, VII, 485). —Etc., etc. D'autres, et c'est le parti
qu'a embrassé l'auteur de notre verrière, associent saint Paul à
saint Pierre dans ce triomphe public de la prière opposée au
pouvoir des démons. Cs. Gregor. Turon., Hist. Francor., libr. I,
cap. 24 (p. 20). — Sulpic. Sever., Hist. sacr., libr. II, cap. 28 (t. II,
p. 160). — Cyrill. HierosoL, /. cit.—Etc. Mais il est permis de pen-
ser que ceux qui indiquent seulement la présence de saint Pierre
se proposent de mettre en relief sa primauté, plutôt que de donner
précisément l'exclusion à saint Paul. Autrement Grégoire de Tours
deviendrait inexplicable, puisque, après avoir parlé des deux apôtres
réunis (/. cit., et de Glor. Mart., libr. I, cap. 28, p. 75o), il s'exprime
ailleurs comme si saint Paul n'avait eu nulle part à ce prodige. Cs.
Gregor. Turon., Hist. Fr., libr. II, 23 (p. 76). Dungal, au con-
traire [adv. Claud. Taurin., Bibl. PP. XIV, 223), ne parle que de
saint Paul; nouvelle singularité dont on peut rendre raison pa-
reillement. Dungal prétend parler de la prière; or il est permis
de croire qu'il aura eu sous les yeux un ancien texte dont nous
trouvons les vestiges dans Jacques de Varazze, et selon lequel, les
deux apôtres auraient pris chacun une part différente à la chute
du magicien : Pierre le rôle de l'autorité, et Paul celui de l'oraison.
Jac. de Varag., Legend., de s. Petr. «... Dixit autem Paulus ad
Petrum : Meum est orare, et tuum est imperare. Etc.» Ce serait
une nouvelle preuve de la fidélité avec laquelle l'auteur de la Lé-
gende dorée suit les monuments anciens, ainsi que l'attestait l'ex-
périence et le sens droit du premier des Bollandistes. Cs. n° 75
(p. 236).
(4) Origène, citant peut-être de mémoire, ainsi qu'il arrive sou-
vent aux anciens auteurs, indique ce fait (inJoann., t. XX, cap. 12;
t. IV, 322) comme s'il l'avait lu dans les Actes de saint Paul. Mais
son assertion est rectifiée par plusieurs autres écrivains, et en par-
ticulier par saint Ambroise, sur lequel, toutefois, l'autorité d'Ori-
gène a souvent une grande influence. Cs. Pseudo-Lin., AA. s. Petr.,
n° r 1 (1. cit., p. 4^8). —Ether. et Beat., adv. Elipand., libr. I, 46
(Galland, XIII, 3oi). — Ambros., de Excid. HierosoL, l. cit.; et
contr. Auxent, de basilic, (t. II, 867).— Etc. Du reste, si l'on
admet les Actes de saint Processe et de saint Martinien (n° 2, ap.
Sur. 1 Jul.), il serait facile d'accorder Origène avec les autres
auteurs, puisque saint Pierre et saint Paul auraient pris la fuite
ensemble. Pour moi, j'avoue que les raisons alléguées par Tille-
mont (ed. cit., not. 41; t. I, p. 532) contre l'authenticité de ces
Actes ne me semblent pas du tout convaincantes. Mais je n'ai pas à
discuter ce point de critique.
(5) II Petr. I, 14. «Certus quod velox est depositio tabernaculi
mei, secundum quod et Dominus noster Jésus Christus significa-
vit mihi. »
(6) Ibid. III.



