SUR LA STÈLE DE L'INTRONISATION
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jouait son rôle selon l'étiquette, tout en sachant par avance
quel serait le dénouement obligé de la pièce. D'ailleurs le
principe électif lui-même n'était pas absolu : les prêtres,
tout en ayant le droit de choisir parmi les frères royaux,
sans doute choisissaient d'ordinaire le fils du roi défunt.
C'est le cas pour Aspalût ; aussi la cérémonie de la présen-
tation divine est-elle décrite sur notre stèle comme une
simple formalité inhérente au couronnement et dont on se
débarrassait le plus vite possible. On présente d'abord tous
les frères ro}raux en une seule fois, afin d'éviter tout retard,
puis, quand le dieu les a refusés, en une seule fois aussi, on
lui amène le frère royal Aspalût qu'il s'empresse d'accepter.
Sur quoi, tout le monde se prosterne, et Aspalût n'a plus
qu'à prendre le sceptre et la couronne dans le naos du dieu
pour achever la cérémonie de l'intronisation, pour se trouver
roi élu, comme il était déjà roi héréditaire et roi de fait.
En tenant compte des données de ce monument, ainsi
que des renseignements fournis par des inscriptions anté-
rieures et par les historiens classiques, je crois qu'on peut
établir trois périodes dans l'histoire de la royauté éthio-
pienne. Une première période d'hérédité, lorsque les rois-
prêtres de Thèbes introduisirent en Ethiopie les habitudes
de la royauté égyptienne; Piankhi, Kashtà, Shabakà, Sha-
batokàj Tahraqà, paraissent avoir été princes héréditaires.
Une seconde période d'élection, pendant laquelle la royauté
fut soumise à l'élection divine, et les rois choisis au gré des
prêtres parmi les membres de la famille royale ; les succes-
seurs immédiats de Tahraqà, Amen-meri-nouat, Aslan,
plus tard Hor-si-atew, Aspalût, ou furent élus ou virent
leurs droits héréditaires confirmés par l'élection. Avec
Arek-Amen, l'Ergamènes des Grecs qui renversa le pouvoir
des prêtres, commence la troisième période, qui semble
s'être prolongée jusqu'à la fin de la monarchie éthiopienne.
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jouait son rôle selon l'étiquette, tout en sachant par avance
quel serait le dénouement obligé de la pièce. D'ailleurs le
principe électif lui-même n'était pas absolu : les prêtres,
tout en ayant le droit de choisir parmi les frères royaux,
sans doute choisissaient d'ordinaire le fils du roi défunt.
C'est le cas pour Aspalût ; aussi la cérémonie de la présen-
tation divine est-elle décrite sur notre stèle comme une
simple formalité inhérente au couronnement et dont on se
débarrassait le plus vite possible. On présente d'abord tous
les frères ro}raux en une seule fois, afin d'éviter tout retard,
puis, quand le dieu les a refusés, en une seule fois aussi, on
lui amène le frère royal Aspalût qu'il s'empresse d'accepter.
Sur quoi, tout le monde se prosterne, et Aspalût n'a plus
qu'à prendre le sceptre et la couronne dans le naos du dieu
pour achever la cérémonie de l'intronisation, pour se trouver
roi élu, comme il était déjà roi héréditaire et roi de fait.
En tenant compte des données de ce monument, ainsi
que des renseignements fournis par des inscriptions anté-
rieures et par les historiens classiques, je crois qu'on peut
établir trois périodes dans l'histoire de la royauté éthio-
pienne. Une première période d'hérédité, lorsque les rois-
prêtres de Thèbes introduisirent en Ethiopie les habitudes
de la royauté égyptienne; Piankhi, Kashtà, Shabakà, Sha-
batokàj Tahraqà, paraissent avoir été princes héréditaires.
Une seconde période d'élection, pendant laquelle la royauté
fut soumise à l'élection divine, et les rois choisis au gré des
prêtres parmi les membres de la famille royale ; les succes-
seurs immédiats de Tahraqà, Amen-meri-nouat, Aslan,
plus tard Hor-si-atew, Aspalût, ou furent élus ou virent
leurs droits héréditaires confirmés par l'élection. Avec
Arek-Amen, l'Ergamènes des Grecs qui renversa le pouvoir
des prêtres, commence la troisième période, qui semble
s'être prolongée jusqu'à la fin de la monarchie éthiopienne.



