Perrot, Georges ; Guillaume, Edmond ; Delbet, Jules
Exploration archéologique de la Galatie et de la Bithynie, d'une partie de la Mysie, de la Phrygie, de la Cappadoce et du Pont (Band 1) — Paris, 1872

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que le passé a laissées sur le sol remontent à une haute antiquité, à la période purement asiati-
que, au ternie de laquelle ce lieu semble avoir cessé d'être habité. A Néfez-keuï, au contraire, nous
n'avons que des restes de la civilisation gréco-romaine sous sa dernière forme : tout y est du haut
et du bas-empire. Or, nous le savons parles médailles et par des monuments de diverse nature,
Tavium n'apparaît dans l'histoire qu'après l'établissement des Galates en Asie Mineure, acquiert de
l'importance surtout après la conquête romaine , et subsiste jusqu'en plein moyen-âge. Dans de
telles conditions, laissant à un autre moment le soin de chercher si l'antiquité nous a laissé quel-
ques renseignements sur la cité primitive dont M. Texier a le premier signalé les vestiges à Boghaz-
keuï, nous n'hésiterons pas un instant à reconnaître, dans les traces qui couvrent le sol sur une
vaste étendue autour de Ioquari Néfez-keuï, les traces de Tavium, la ville principale et le sanctuaire
le plus révéré des Galates orientaux (1), plus tard le siège d'un évèque qui paraît le premier en
dignité des suffragants du métropolitain d'Ancyre et qui le remplace à l'occasion dans les con-
ciles (2).

Les Galates orientaux paraissent d'ailleurs avoir été les moins civilisés, les moins cultivés des
trois tribus qui composaient la nation. Leur ville n'avait certainement ni la grandeur ni la noblesse
et le grand air de Pessinunte ou d'Ancyre. De bonne heure importante par l'acropole qui occupait
sans doute une des collines, puis très-fréquentée comme entrepôt et marché commercial, elle a
sans doute eu pendant longtemps l'aspect d'un grand village, avec un quartier contenant un riche
bazar et de vastes caravansérails ; c'est là encore, de nos jours, le caractère de bien des villes
d'Orient. Ce fut plus tard qu'elle obéit à l'émulation qui s'empara, sous l'empire, de toutes les villes
de province, et qu'elle voulut se donner aussi le luxe des édifices publics, des bains, des théâtres,
des gymnases et des basiliques. Mais elle était plus loin de la Grèce, et ces provinces au-delà de
l'Halys furent toujours habitées par une population plus rustique que celle de l'Asie antérieure,
plus mêlée d'éléments réfractaires à la civilisation, et qui retardaient toujours un peu. Tous les frag-
ments d'architecture que nous avons examinés à Tavium sont d'un style lourd et prétentieux,
presque barbare. Nous ne dirons point que cela n'approche pas de l'Augusteum : il ne peut être
question d'une comparaison avec ce pur et bel édifice ; mais cela est même bien loin de ces tem-
ples de Pessinunte, que nous trouvions déjà d'un goût douteux et d'une exécution lâchée.

La vie politique ou plutôt municipale a dû être aussi moins intense à Tavium qu'à Ancyre ; on y
était moins instruit et on y écrivait moins. Si les Trocmes avaient confié à la pierre le quart des
inscriptions et des décrets que l'on trouve encore dans les murailles d'Ancyre, malgré tant de causes
de destruction, il en resterait toujours quelque chose. Or, comme nos devanciers, nous ne trou-
vons ici que quelques mauvaises inscriptions funéraires. C'est que Tavium n'était pas la capi-
tale de la province, il n'y avait pas là ce mouvement que faisait naître et qu'entretenait dans la
métropole, outre la présence du légat et de toute sa suite, le concours de tous les intérêts placés
sous son contrôle, de toutes les ambitions que provoquaient, de tous les efforts que suscitaient les
magistratures et les sacerdoces provinciaux. Les Trocmes voulaient-ils soit rendre hommage à un
légat, soit honorer un des leurs qui s'était distingué par sa munificence , c'était à Ancyre ,
où se réunissait le Commune Galatarum, qu'ils élevaient la statue et faisaient graver l'inscription
sur le piédestal.

(1) On trouve des inscriptions votives à Jupiter ïavianus en dehors des limites de la Galatie. Ce sont les monuments
de la piété ou de Galates appelés par leurs affaires dans d'autres parties de l'empire, ou de dévots qui avaient pris l'habi-

tude d'honorer ce dieu. De Galatia

provincia, p. 161.

(2) Un évèque de Tavium signe, en 458, une lettre des évèques de la première Galatie à l'empereur Léon; un autre
parait au cinquième concile général comme représentant du métropolitain d'Ancyre ; un autre encore signe, au Quini-
sexte, en 706 : 'E-tcrxo-o; tto'Xeco; Taëiaç ttîçitjxotïiç xfiv [V/Xa-rcov s-apyîaç. Collection des conciles, col. 1697. Lequien, Oriens
Clirisliauus, col. 473-476.

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