Prisse D'Avennes, Achille Constant Théodore Émile
Histoire de l'art égyptien: d'après les monuments ; depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine (Text) — Paris, 1879

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6 . L'ART ÉGYPTIEN.

ment resserrée entre deux chaînes de montagnes. Le Nil couvre chaque année,
pendant un laps de temps qui varie de trois à quatre mois à peu près, depuis le
solstice d'été jusqu'à l'équinoxe d'automne, toute la surface de cette vallée, après
avoir traversé l'Àbyssinie et la Nubie.

On estimait autrefois à cinquante lieues l'étendue du littoral qui allait du
port d'Alexandrie jusqu'à Peluse; dans cet espace, l'eau du Nil se trouvait versée
dans la mer par les sept embouchures si vantées du temps des Romains, et sur
lesquelles se trouvaient bâties autant de villes ; mais ce fleuve n'a jamais eu en
réalité que deux embouchures principales correspondant aux deux branches qu'il
l'orme en se divisant au-dessous de ce qui fut Héliopolis. À l'égard des autres
embouchures, il est certain qu'elles avaient été creusées de main d'homme (même
celle d'Alexandrie), et par la succession des temps ou la négligence des différents
conquérants de l'Egypte, ces embouchures artificielles se trouvèrent comblées par
les sables ou par le limon du Nil, qui ont aussi enseveli les villes qu'on avait
élevées sur chacune d'elles.

C'est le Nil qui nourrit et qui entretient l'Egypte, grâce à la fécondité natu-
relle de ses eaux, fécondité qu'on doit attribuer uniquement au limon qu'elles
apportent; elles en charrient une si grande quantité, qu'en entrant en Egypte la
dixième partie de leur volume se compose d'un engrais gras et nitreux qui répand
en tous lieux avec lui la fécondité et l'abondance. Partout où ce limon est porté,
les campagnes reverdissent et se couvrent de riches moissons, les arbres se chargent
de feuilles et de fruits, les plantes croissent à vue d'oeil, les hommes eux-mêmes,
aussi bien que les animaux, sont plus nourris et plus robustes.

On sait que le Nil entre en Egypte, du côté du midi, à peu près sous le tro-
pique du Cancer; il coule ensuite vers le nord, jusqu'à la Méditerranée à laquelle
il porte ses eaux et son limon. Dès qu'il est entré en Egypte, deux chaînes de
montagnes, avons-nous dit, le resserrent sans jamais l'abandonner : celle qui le
borne à gauche ou au couchant, du côté de la Nubie (et est formée de montagnes
plus basses que l'autre chaîne et séparées entre elles par quelques vallons qui lui
laissent plus de facilité pour étendre ses eaux du côté de la Libye), l'accompagne
jusqu'à ce qu'il se soit rendu à la mer par l'embouchure de Rosette, distante
d'environ quinze lieues d'Alexandrie; celle qu'il a à sa droite ou à l'orient (et qui
occupe une largeur de trois ou quatre journées de marche entre le lit du fleuve
et la mer Rouge), le suit seulement jusqu'à Héliopolis. C'est là que, se partageant
en deux bras, ce fleuve enferme la merveilleuse et fertile plaine à laquelle sa
forme a fait donner le nom de Delta.
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