Lettre a M. Maspero, etc.
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rais tirer la conclusion que est une voyelle gutturale. Mais c'est là question peu
importante. Ce qu'il m'importe plus de démontrer c'est que le °U=5| et le 22., le ffl et le G",
ne se prononçaient point t palatal et k palatal; mais comme je l'ai dit dj et g. Je n'ajoute
pas grande importance à ce que dit Sir Richard Burton que ni les Coptes, ni leurs ancêtres
ne pouvaient articuler notre g doux;1 car comment Sir Richard Burton pouvait-il le savoir?
De même, je n'admets point que le •/. grec soit souvent écrit S quand il est suivi d'un 1,
ni surtout que le mot 7.:fa-oç soit presque toujours transcrit par <Ti, comme le dit M. Hkcks;2
je puis affirmer que l'échange du S pour r est très rare, et je ne crois pas que M. Hincks
ait copié, lu et traduit, autant de manuscrits coptes que j'en ai moi-même lus, copiés et tra-
duits. La théorie de M. Lepage-Renouf se heurte à un fait certain, indubitable, à savoir
celui-ci : à un moment donné, au VIF siècle, les Coptes ont eu à transcrire un grand nombre
de mots de leur langue en arabe : dans ces transcriptions faites par eux-mêmes d'après des
règles minutieuses, ils ont rendu les deux lettres 2t et cr par la même £. Si M. Lepage-
Renouf, qui cite une partie du fragment arabe écrit en lettres coptes, eut cité tout le frag-
ment, 3 il eut été forcé de citer les mots que j'ai cités moi-même et où le £ arabe est rendu
par le 2£- copte. Il n'y a jamais exemple d'un t pour rendre le 2*. ou le cf, jamais. Cepen-
dant la langue arabe ne manque pas de t palatal, que je sache, et l'alphabet arabe en a
à son service. En outre pour quiconque connaît les habitudes des scribes coptes, écrivant à
l'audition, il est impossible de croire que si le 22. s'était prononcé f, on ne trouverait pas
quelque inattention de scribe où le T, ou même le 2*_, remplaceraient le 2s.. Si le <f échange
avec le r, c'est qu'entre ga et ha, la différence n'est pas grande, que les deux lettres sont
gutturales, si l'une est douce et l'autre forte. Dans mes observations, la conclusion ne s'im-
pose pas d'après un fait solitaire, mais d'après un ensemble de preuves qui se fortifient les
unes les autres. Je crois certainement que le scribe copte qui a écrit de l'arabe avec les
lettres coptes n'était pas grand clerc, de même que celui qui transcrivait les mots français
en lettres coptes; mais aussi je ne leur accorde qu'une minime importance, et mes conclu-
sions ne sont tirées que de l'ensemble concordant des faits. J'espère que M. Lepage-Renouf,
dont je connais la grande bienveillance, me pardonnera ces observations : s'il m'apporte des
preuves convaincantes, je le prie de croire que je me rangerai à son avis; mais jusqu'ici,
je ne peux voir aucune preuve que le se prononçait t dans les hiéroglyphes. Sans doute
l'affirmation de M. Lepage-Renouf est d'un grand poids, mais ce ne peut être que l'affir-
mation d'une conviction personnelle: il faut des faits.
8 mars 1889.
NOTA. Cet article a été rédigé à la date indiquée ici. Différentes raisons qui ne sont pas de mon
ressort en ont empêché la publication jusqu'à ce jour. Je n'ai rien à y retrancher; j'y aurais au contraire
beaucoup d'observations nouvelles à ajouter qui toutes viennent renforcer ce que j'ai écrit.
Pabis, 30 mars 1891.
1) Ibid., p. 112, cité par M. Lepage-Renouf.
2) Ibid., p. 114, cité par M. Lepage-Renoof.
3) J'ai retrouvé dans les Verba Seniorum le passage que j'ai cité traduit en latin. C'est bien ce
que j'avais compris à peu de chose près, si même il y a une différence. Cf. Patmhgia latina, t. LXIII,
fol. 903—904, n° 43.
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rais tirer la conclusion que est une voyelle gutturale. Mais c'est là question peu
importante. Ce qu'il m'importe plus de démontrer c'est que le °U=5| et le 22., le ffl et le G",
ne se prononçaient point t palatal et k palatal; mais comme je l'ai dit dj et g. Je n'ajoute
pas grande importance à ce que dit Sir Richard Burton que ni les Coptes, ni leurs ancêtres
ne pouvaient articuler notre g doux;1 car comment Sir Richard Burton pouvait-il le savoir?
De même, je n'admets point que le •/. grec soit souvent écrit S quand il est suivi d'un 1,
ni surtout que le mot 7.:fa-oç soit presque toujours transcrit par <Ti, comme le dit M. Hkcks;2
je puis affirmer que l'échange du S pour r est très rare, et je ne crois pas que M. Hincks
ait copié, lu et traduit, autant de manuscrits coptes que j'en ai moi-même lus, copiés et tra-
duits. La théorie de M. Lepage-Renouf se heurte à un fait certain, indubitable, à savoir
celui-ci : à un moment donné, au VIF siècle, les Coptes ont eu à transcrire un grand nombre
de mots de leur langue en arabe : dans ces transcriptions faites par eux-mêmes d'après des
règles minutieuses, ils ont rendu les deux lettres 2t et cr par la même £. Si M. Lepage-
Renouf, qui cite une partie du fragment arabe écrit en lettres coptes, eut cité tout le frag-
ment, 3 il eut été forcé de citer les mots que j'ai cités moi-même et où le £ arabe est rendu
par le 2£- copte. Il n'y a jamais exemple d'un t pour rendre le 2*. ou le cf, jamais. Cepen-
dant la langue arabe ne manque pas de t palatal, que je sache, et l'alphabet arabe en a
à son service. En outre pour quiconque connaît les habitudes des scribes coptes, écrivant à
l'audition, il est impossible de croire que si le 22. s'était prononcé f, on ne trouverait pas
quelque inattention de scribe où le T, ou même le 2*_, remplaceraient le 2s.. Si le <f échange
avec le r, c'est qu'entre ga et ha, la différence n'est pas grande, que les deux lettres sont
gutturales, si l'une est douce et l'autre forte. Dans mes observations, la conclusion ne s'im-
pose pas d'après un fait solitaire, mais d'après un ensemble de preuves qui se fortifient les
unes les autres. Je crois certainement que le scribe copte qui a écrit de l'arabe avec les
lettres coptes n'était pas grand clerc, de même que celui qui transcrivait les mots français
en lettres coptes; mais aussi je ne leur accorde qu'une minime importance, et mes conclu-
sions ne sont tirées que de l'ensemble concordant des faits. J'espère que M. Lepage-Renouf,
dont je connais la grande bienveillance, me pardonnera ces observations : s'il m'apporte des
preuves convaincantes, je le prie de croire que je me rangerai à son avis; mais jusqu'ici,
je ne peux voir aucune preuve que le se prononçait t dans les hiéroglyphes. Sans doute
l'affirmation de M. Lepage-Renouf est d'un grand poids, mais ce ne peut être que l'affir-
mation d'une conviction personnelle: il faut des faits.
8 mars 1889.
NOTA. Cet article a été rédigé à la date indiquée ici. Différentes raisons qui ne sont pas de mon
ressort en ont empêché la publication jusqu'à ce jour. Je n'ai rien à y retrancher; j'y aurais au contraire
beaucoup d'observations nouvelles à ajouter qui toutes viennent renforcer ce que j'ai écrit.
Pabis, 30 mars 1891.
1) Ibid., p. 112, cité par M. Lepage-Renouf.
2) Ibid., p. 114, cité par M. Lepage-Renoof.
3) J'ai retrouvé dans les Verba Seniorum le passage que j'ai cité traduit en latin. C'est bien ce
que j'avais compris à peu de chose près, si même il y a une différence. Cf. Patmhgia latina, t. LXIII,
fol. 903—904, n° 43.


