CASQUE OU PERRUQUE
par
Fr.-W. von Bissing
Il est toujours dangereux, en archéologie non moins qu'en philologie pure, d'émettre
de nouvelles théories hardies sans respecter les documents sur lesquels se fondaient les
explications anciennes données par les maîtres reconnus de la science. M. Borchardt
est au nombre des égyptologues qui, avec des connaissances étendues des monuments
qu'ils ont vus eux-mêmes et qu'ils ont eu l'occasion d'étudier sur place, conçoivent un
suprême dédain pour le travail d'autrui, pour les documents que la chance ne leur a pas
jetés dans le chemin. Sa plus nouvelle découverte, que Lepsius1 aurait tort (et avec lui
tous les autres2) de regarder la coiffure caractéristique des pharaons du Nouvel Empire
comme un casque ou une casquette, un « Kriegshelm », est peut-être ingénieuse : cer-
tainement elle est fausse.
Nous ne possédons pas jusqu'ici, autant que je ne sache, l'original d'une de ces
coiffures. Nous n'avons que des copies en faïence bleue, couleur ordinaire du « Kriegs-
helm i), qui ne prouvent rien pour la nature de l'objet même3. Ses représentations
plastiques, c'est-à-dire les statues royales qui portent ce casque, ne semblent pas suffi-
santes pour élucider la question, puisque M. Borchardt, avec tout le musée du Caire à
sa disposition, a pu tomber en erreur*. Mais heureusement il y a un moyen plus sûr,
1. Lepsius-Berend, Les Métaux, p. 57.
2. M. Borchardt prétend que Wilkinson s'était beaucoup rapproché de la vérité. Voir le passage dans
Wilkinson, Manners and Customs, èdit. Birch, II, p. 328; Popular Account, II, p. ^24 : «a helmet made
apparenily of woolleu stufî with a thick uap, not very unlike tlie modem Persian cap». En effet, Wilkinson,
comme d'habitude, a très bien saisi la nature de l'objet, qu'il nomme un casque. Mais, alors, à quoi M. Bor-
chardt se réfère-t-il ?
3. Il y a plusieurs perruques en faïence bleue qui autrefois, probablement, faisaient partie de statues, dans
nos musées.
4. Je dois dire cependant que, rien qu'en parcourant les galeries du Musée du Caire, l'impossibilité de
l'explication de M. Borchardt s'imposait à moi. Il n'y a aucun cas où le casque est traité de la même ma-
par
Fr.-W. von Bissing
Il est toujours dangereux, en archéologie non moins qu'en philologie pure, d'émettre
de nouvelles théories hardies sans respecter les documents sur lesquels se fondaient les
explications anciennes données par les maîtres reconnus de la science. M. Borchardt
est au nombre des égyptologues qui, avec des connaissances étendues des monuments
qu'ils ont vus eux-mêmes et qu'ils ont eu l'occasion d'étudier sur place, conçoivent un
suprême dédain pour le travail d'autrui, pour les documents que la chance ne leur a pas
jetés dans le chemin. Sa plus nouvelle découverte, que Lepsius1 aurait tort (et avec lui
tous les autres2) de regarder la coiffure caractéristique des pharaons du Nouvel Empire
comme un casque ou une casquette, un « Kriegshelm », est peut-être ingénieuse : cer-
tainement elle est fausse.
Nous ne possédons pas jusqu'ici, autant que je ne sache, l'original d'une de ces
coiffures. Nous n'avons que des copies en faïence bleue, couleur ordinaire du « Kriegs-
helm i), qui ne prouvent rien pour la nature de l'objet même3. Ses représentations
plastiques, c'est-à-dire les statues royales qui portent ce casque, ne semblent pas suffi-
santes pour élucider la question, puisque M. Borchardt, avec tout le musée du Caire à
sa disposition, a pu tomber en erreur*. Mais heureusement il y a un moyen plus sûr,
1. Lepsius-Berend, Les Métaux, p. 57.
2. M. Borchardt prétend que Wilkinson s'était beaucoup rapproché de la vérité. Voir le passage dans
Wilkinson, Manners and Customs, èdit. Birch, II, p. 328; Popular Account, II, p. ^24 : «a helmet made
apparenily of woolleu stufî with a thick uap, not very unlike tlie modem Persian cap». En effet, Wilkinson,
comme d'habitude, a très bien saisi la nature de l'objet, qu'il nomme un casque. Mais, alors, à quoi M. Bor-
chardt se réfère-t-il ?
3. Il y a plusieurs perruques en faïence bleue qui autrefois, probablement, faisaient partie de statues, dans
nos musées.
4. Je dois dire cependant que, rien qu'en parcourant les galeries du Musée du Caire, l'impossibilité de
l'explication de M. Borchardt s'imposait à moi. Il n'y a aucun cas où le casque est traité de la même ma-


